
IBRAHIMA DIALLO
DIRECTEUR GÉNÉRAL DE AGL GUINÉE (AFRICA GLOBAL LOGISTICS)
Premier Guinéen nommé Directeur Général d’AGL Guinée en février 2025, Ibrahima Diallo incarne le tournant stratégique du groupe APica Global Logistics vers l’expertise locale. Ingénieur fort de 15 ans d’expérience internationale avec des passages au haut niveau notamment chez Webb Fontaine, TotalEnergies, CGI, Maersk, il déploie une vision offensive : 200 millions d’euros d’investissements sur deux ans, extension du quai 14, développement du port sec de Kagbelen, et formation massive de talents locaux. Son ambition : hisser Conakry au rang de hub logistique incontournable en APique de l’Ouest.
L’entretien avec Ibrahima Diallo survient à un moment charnière. En 2025, Conakry Terminal a traité 416 892 EVP, atteignant des volumes initialement projetés pour 2030 et saturant une chaîne logistique
sous tension. Pour répondre à cet afflux, AGL a engagé dès septembre 2025 l’extension du quai 14 et le renforcement des flux vers le port sec de Kagbelen, une dynamique amplifiée en mars 2026 par de nouveaux chantiers stratégiques portés par la direction du Port Autonome de Conakry.
Cette accélération infrastructurelle rencontre l’ère du mégaprojet Simandou. Avec ses premières exportations fin 2025, ce projet minier promet, selon le FMI, un bond de 26 % du PIB guinéen d’ici 2030. Pour capter ces opportunités, la réponse ne peut être uniquement bétonnée : elle exige une gouvernance fluide et transparente. Début 2026, AGL a ainsi renforcé sa coordination avec la communauté portuaire, en parfaite synergie avec l’opération « Port Propre » des douanes, faisant de la digitalisation le nouveau levier de compétitivité du corridor guinéen.
En 2025, Conakry Terminal a atteint des volumes de trafic initialement prévus pour 2030 (plus de 416 000 EVP). Quelles sont vos priorités immédiates pour gérer cette saturation et préserver la fluidité, notamment via le quai
14, le port sec de Kagbelen et la digitalisation ?
L’année 2025 a marqué un tournant historique, traduisant le dynamisme de l’économie guinéenne et la confiance renouvelée des opérateurs. Notre priorité absolue est d’augmenter durablement nos capacités opérationnelles sans sacrifier la fluidité. Notre feuille de route repose sur quatre piliers : l’extension du quai 14 pour réduire les temps d’attente des navires ; la transformation du port sec de Kagbelen en véritable hub intérieur pour accélérer l’évacuation des conteneurs ; la digitalisation de nos outils pour optimiser la traçabilité ; et enfin, la coordination de toute la chaîne logistique. Aucun terminal ne peut résoudre seul la congestion. Nous travaillons en synergie avec les autorités, les douanes et les transitaires pour faire du Port de Conakry la référence de l’Afrique de l’Ouest.
Le mégaprojet Simandou, lancé fin 2025, va radicalement transformer l’économie guinéenne avec des volumes d’exportation colossaux à terme. Quels défis logistiques cela pose-t-il pour AGL, et comment vous positionnez-vous comme un maillon incontournable de cette chaîne ?
Simandou est l’un des projets les plus structurants du continent. Pour AGL, c’est à la fois un défi industriel majeur et une opportunité historique. Le premier défi est infrastructurel : gérer de tels flux exige des plateformes modernes et une maîtrise parfaite des corridors. Le second est humain : la logistique minière devient hautement technique, et nous devons former des équipes capables d’évoluer dans des environnements digitalisés. Fort de notre expérience sur les convois hors gabarit et la manutention lourde, AGL se positionne comme partenaire stratégique de toute la chaîne de valeur. Mais notre vision est plus large : nous voulons bâtir un écosystème logistique guinéen robuste autour de Simandou, en investissant massivement dans les compétences locales et l’expertise africaine.
Vous êtes le premier Guinéen à diriger AGL Guinée. Concrètement, comment traduisez-vous au quotidien cette ambition d’ancrage local à travers la formation des talents, le recrutement et les partenariats avec les entreprises locales ?
Cette nomination est un message d’espoir pour la jeunesse guinéenne : elle prouve que les talents africains ont leur place aux commandes de grandes organisations internationales. Mais l’ancrage local ne doit pas être un slogan ; il se traduit dans les faits et les budgets. Nous avons placé le capital humain au cœur de notre stratégie, en investissant massivement dans la formation technique et le management de nos collaborateurs. Nous tissons des liens concrets avec le monde académique via des stages et des programmes d’immersion. Ancrer l’entreprise localement, c’est aussi soutenir l’économie nationale en privilégiant les prestataires guinéens. Enfin, via nos actions de responsabilité sociétale, nousveillons à ce qu’AGL soit une entreprise mondiale profondément enracinée dans les réalités de son pays d’accueil.
Face à la congestion, AGL a organisé une journée portes ouvertes en février 2026, en écho à l’opération «Port Propre» des douanes. Comment contribuez-vous à bâtir une gouvernance portuaire plus transparente et fluide, et quel rôle attendez-vous du secteur privé ?
La congestion est un défi systémique qui implique toute la chaîne : autorités,douanes,transitairesetimportateurs.Notreconvictionest que la performance portuaire exige une gouvernance collaborative et transparente. La journée portes ouvertes visait précisément à instaurer une culture de dialogue et de co-construction des solutions. La transparence est un levier de compétitivité majeur
: nous digitalisons nos processus pour offrir une visibilité totale sur le suivi des conteneurs. AGL soutient pleinement l’opération
«Port Propre» en fluidifiant les sorties et en développant Kagbelen. Mais la véritable transformation est culturelle : nous devons passer d’une logique de silos à un écosystème intégré. Le secteur privé doit être force de proposition et d’innovation, en diffusant les meilleurs standards internationaux de gouvernance.
De votre parcours d’ingénieur IT à celui de DG, quel conseil donneriez-vous aux jeunes cadres africains aspirant à la logistique ? Et quelle est votre vision à cinq ans pour faire de la Guinée un véritable hub en Afrique de l’Ouest ?
Mon premier conseil est de croire en leur capacité à réussir dans des environnements d’excellence internationale. Trop souvent, l’autocensure limite les ambitions, alors que l’Afrique regorge d’opportunités. Monparcours montre qu’il n’yapas de trajectoire linéaire : l’expertise technique doit s’accompagner d’adaptabilité et d’intelligence relationnelle. La logistique moderne est un secteur de haute technologie (IA, automatisation, cybersécurité), mais elle exige aussi une culture du terrain indispensable.
Ma vision pour la Guinée à cinq ans est ambitieuse mais réaliste. Le pays dispose d’atouts uniques. Pour en faire un hub incontournable, nous devons aligner les investissements infrastructurels, la digitalisation des procédures et le renforcement du capital humain. La logistique est le levier stratégique de l’industrialisation. Si nous réussissons cette alliance, la Guinée deviendra la plateforme de référence pour toute la sous-région.