
Entre performance économique et sûreté maritime, l’intelligence artificielle redéfinit les règles du jeu portuaire. Retour sur la 19 réunion du RFPMP-AOC à Libreville, où 160 professionnelles ont tracé la feuille de route d’une APique maritime connectée, inclusive et résolument tournée vers les Smart Ports.
Du 20 au 22 juillet 2026, Libreville s’est imposée comme l’épicentre de l’innovation maritime en Afrique de l’Ouest et du Centre. La capitale gabonaise a accueilli la 19e réunion annuelle du Réseau des Femmes Professionnelles Maritimes et Portuaires (RFPMP-AOC), un rendez-vous incontournable organisé par le chapitre gabonais sous l’égide de l’Organisation des Ports de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (OPRAG).
Réunissant près de 160 expertes, cadres et dirigeantes de la sous-région, l’événement a placé l’intelligence artificielle (IA) au cœur des débats, non plus comme une simple tendance technologique, mais comme un impératif stratégique pour la gestion portuaire et la sûreté maritime.
Àl’ouverturedestravaux, Martin Boguikouma, Directeur général de l’OPRAG, a posé le décor d’une industrie en pleine mutation. Il a salué le choix de Libreville avant de définir l’IA comme un levier dual, capable «d’améliorer simultanément la performance économique et la sûreté des installations portuaires». Pour le Directeur général, l’enjeu est clair : l’optimisation des opérations par les algorithmes prédictifs et l’automatisation des flux ne doit pas se faire au détriment de la sécurité, mais doit au contraire renforcer la résilience des infrastructures face aux risques opérationnels et environnementaux.
Au-delà de la technologie, la question du leadership féminin a été martelée par Magali Line Victoire Thaddees, Coordonnatrice générale du RFPMP-AOC. Dans un secteur encore très masculin, elle a plaidé avec force pour une plus grande implication des femmes dans les décisions stratégiques et technologiques. Son message est sans appel : les femmes ne doivent pas être de simples utilisatrices des nouveaux outils numériques, mais bien les architectes de leur déploiement. Briser le plafond de verre dans les métiers de la MarTech (technologie maritime) est devenu une condition sine qua non pour une innovation inclusive et pertinente.
L e fruit de c es t rois jours d ’ échanges intenses s ’ est concrétisé par l ’ adoption de six recommandations majeures, véritables piliers de l a modernisation p or tua i re. Les participantes ont appelé à accélérer la transformation numérique, à exploiter la donnée et l’IA pour l’aide à la décision, et à renforcer drastiquement la cybersécurité face à la menace croissante des cyberattaques. S’y ajoutent la promotion de ports plus verts via
l’optimisation énergétique, l’investissement massif dans les compétences, et le renforcement de la coopération régionale pour harmoniser les standards à l’échelle du continent. Pour éviter que ces recommandations ne restent lettre morte, le réseau a traduit cette vision en une feuille de route opérationnelle en six étapes : diagnostiquer l’existant, prioriser les besoins, investir dans les bonnes technologies, déployer les solutions, former les équipes, et enfin mesurer l’impact. Cette méthodologie rigoureuse
offre aux autorités portuaires de la région un guide pragmatique pour piloter leur transition numérique, en passant d’une logique d’achat de logiciels à une véritable transformation culturelle et organisationnelle.
En clôture, Jean-Marie Koffi, Secrétaire général de l’Association des Gestionnaires de Ports de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (AGPAOC), a rappelé que la technologie ne vaut rien sans le capital humain. Il a appelé à former et accompagner massivement les professionnelles pour qu’elles deviennent les actrices de cette mutation. En réussissant ce pari de l’excellence technologique et de l’inclusion, Libreville confirme ainsi son rôle de pôle montant et de laboratoire d’idées pour la réflexion continentale sur les Smart Ports de demain.
Par / By : A. KOUASSI Junior