
DR SAGBO DAMIEN AHOUANDOKOUN
EXPERT INTERNATIONAL EN GESTION DE L’ENVIRONNEMENT PORTUAIRE AU PORT AUTONOME DE COTONOU
Dr Damien Ahouandokoun est juriste-expert en économie maritime et portuaire, titulaire d’un PhD en Géosciences et Gestion de l’Environnement et fort de plus de 15 ans d’expérience en APique de l’Ouest et du Centre. Chercheur, consultant et auteur, il est spécialisé dans la gouvernance portuaire, la transition environnementale et la transformation durable des ports aPicains
Le commerce maritime constitue l’épine dorsale des économies ouest-africaines. Près de 90 % du commerce destiné au continent africain transite par voie maritime, avec une croissance annuelle estimée à 7 %. Cette dépendance fait des ports des infrastructures stratégiques pour le développement régional, mais les expose également à une triple vulnérabilité : économique, environnementale et sécuritaire. La question centrale est donc de savoir comment accompagner la croissance du trafic portuaire tout en préservant les écosystèmes côtiers et en sécurisant les corridors logistiques.
C’est dans ce contexte que le concept de corridor vert prend tout son sens. Il s’agit d’un axe logistique conçu pour réduire l’empreinte environnementale du transport, tout en garantissant la fluidité des échanges et la sûreté des flux. Pour les ports africains, cette approche implique de ne plus considérer l’environnement comme une contrainte périphérique, mais comme une composante à part entière de la performance et de la résilience portuaires.
Les principales sources de pollution portuaire sont désormais bien identifiées : hydrocarbures liés au soutage, déchets navals, eaux de ballast, sédiments contaminés issus du dragage et émissions atmosphériques. Face à ces risques, trois leviers apparaissent prioritaires : intégrer les exigences environnementales dès la conception des infrastructures, renforcer la normalisation à travers les standards environnementaux et responsabiliser davantage les acteurs publics et privés.
L’enjeu est également celui du choix des modes de transport et de leur articulation avec les ports. Les corridors fluvio-lagunaires offrent un potentiel significatif : ils pourraient permettre une réduction de 20 à 40 % des coûts logistiques et de 30 à 80 % des émissions de CO₂. Le transport fluvial peut par ailleurs générer jusqu’à 80 % d’économie de carburant par tonne-kilomètre par rapport au transport routier. Toutefois, seulement 30 % des voies fluviales africaines sont navigables toute l’année, ce qui limite encore leur contribution aux chaînes logistiques régionales.
La transition verte doit en parallèle s’appuyer sur des corridors sûrs. Le programme SCOPE Africa, doté de 12 millions d’euros et financé par l’Union européenne, cible 10 ports répartis dans 9 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Il illustre une approche intégrant la sécurité, la sûreté et la résilience environnementale. Cette articulation est essentielle : la sécurisation des corridors favorise les investissements verts, tandis que la transition environnementale contribue à renforcer la résilience et la compétitivité des infrastructures portuaires. Plusieurs obstacles structurels doivent néanmoins être surmontés. Parmi les principaux figurent la faible navigabilité des voies alternatives, l’absence d’harmonisation réglementaire entre les États côtiers, la dépendance aux financements extérieurs et le décalage entre l’existence des textes juridiques et leur application effective. La réussite des corridors verts dépendra donc autant des investissements que de la qualité de la gouvernance et de la coopération régionale.Quatre priorités se dégagent : généraliser la planification environnementale intégrée, accélérer l’harmonisation réglementaire régionale, diversifier les sources de financement et renforcer l’interface entre sécurité et environnement. Les ports africains devront également poursuivre leur réflexion sur la transition énergétique, notamment à travers l’électrification à quai, le développement des énergies renouvelables et le suivi de l’objectif de 30 % d’énergie renouvelable dans les installations portuaires à l’horizon 2030.
En définitive, les corridors verts constituent moins une option qu’une nécessité stratégique pour l’Afrique de l’Ouest. Leurdéveloppementdoitpermettrederéconcilier croissance des échanges, protection de l’environnement et sécurisation des flux, afin de construire des ports plus compétitifs, résilients et durables, capables de soutenir durablement les économies africaines.