
Célébrée tous les derniers jeudis du mois de septembre, la Journée mondiale de la mer 2026, pour Africa Harbors, l’Afrique dispose des conventions, des normes et des stratégies. Le véritable défi est désormais de les transformer en résultats visibles dans ses ports, à bord de ses navires et au sein de ses administrations.
Par A. KOUASSI Junior
« De la politique à la pratique : promouvoir l’excellence maritime ». Le thème retenu par l’Organisation maritime internationale (OMI) pour 2026-2027 sonne comme un appel à l’action pour l’Afrique. L’OMI définit l’excellence maritime comme un secteur sûr, sécurisé, efficace, durable et en amélioration constante.
Or, le continent ne manque ni de textes ni d’engagements.
La Convention SOLAS, référence internationale en matière de sécurité des navires, le Code ISPS pour la sûreté des navires et des installations portuaires, la Convention FAL sur la facilitation du trafic maritime ou encore les cadres régionaux comme le Code de conduite de Yaoundé constituent autant de fondations réglementaires. Mais leur valeur se mesure moins à leur adoption qu’à leur application quotidienne.
Le Guichet unique maritime : le test grandeur nature
La Convention FAL offre aujourd’hui un exemple particulièrement concret.
Depuis le 1er janvier 2024, les amendements adoptés par la résolution FAL.14(46) rendent obligatoire, pour les autorités publiques des États parties à la Convention, l’établissement, le maintien et l’utilisation d’un Guichet unique maritime (Maritime Single Window) pour l’échange électronique des informations relatives à l’arrivée, au séjour et au départ des navires.
La résolution FAL.16(47) va plus loin en appelant les gouvernements à accélérer et à appliquer efficacement ces systèmes.
Pourtant, le passage de l’obligation à la réalité reste progressif en Afrique. En 2024, l’OMI accompagnait encore la Guinée dans les étapes préparatoires à la mise en place d’un Guichet unique maritime au port de Conakry. À l’inverse, le port de Lobito, en Angola, figurait parmi les expériences africaines accompagnées dans le cadre du projet SWiFT.
C’est exactement là que se situe l’enjeu : avoir adopté une règle n’est pas encore l’avoir transformée en performance. Près de 3 années après, à ce jour, la réalité est que plusieurs plateformes portuaires ne disposent pas de solutions digitales pour les échanges documentaires en Afrique
De SOLAS à la réalité opérationnelle
Le même raisonnement vaut pour SOLAS. La convention impose des standards internationaux de sécurité, mais l’excellence dépend de la capacité des États à les intégrer dans leur droit national, à disposer d’administrations maritimes compétentes, à contrôler effectivement les navires et installations et à former les professionnels.
La sécurité maritime ne peut donc pas rester une obligation documentaire. Elle doit devenir une culture opérationnelle.
Il en va de même pour la sûreté, la protection de l’environnement, la formation des gens de mer ou encore la fluidité des opérations portuaires.
Notre conviction : mesurer les résultats plutôt que multiplier les engagements
Pour Africa Harbors, le moment est venu de changer de logique. L’Afrique maritime doit désormais pouvoir répondre à des questions simples : combien de temps faut-il pour faire escaler un navire ? Combien de procédures sont réellement digitalisées ? Les données sont-elles échangées une seule fois ? Les normes SOLAS et ISPS sont-elles effectivement contrôlées ? Les administrations disposent-elles des compétences et des moyens nécessaires ?
L’excellence maritime doit devenir une politique de résultats.
Les 5 engagements que nous attendons et proposons aux gouvernements africains
1. Faire appliquer les conventions internationales.
Transformer SOLAS, FAL, MARPOL, STCW et les autres instruments ratifiés en législation, contrôles et procédures opérationnelles réellement appliqués.
2. Achever la transformation numérique des ports.
Mettre effectivement en œuvre les Guichets uniques maritimes et assurer leur interopérabilité avec les systèmes douaniers, portuaires et logistiques. Plusieurs entreprises offrent de nos jours des facilités pour l’obtention de ces solutions. Seul l’engagement des autorités est requis.
3. Mesurer la performance maritime.
Publier des indicateurs sur les temps d’escale, les formalités, la sécurité, la digitalisation et la qualité des services portuaires.
4. Investir dans les compétences et les administrations maritimes.
L’excellence ne peut exister sans inspecteurs, officiers, ingénieurs, logisticiens et cadres suffisamment formés et dotés de moyens.
5. Faire de la coopération régionale une réalité.
Harmoniser les procédures, renforcer la sûreté collective et développer les connexions maritimes intra-africaines pour que les ports du continent fonctionnent comme les maillons d’un véritable réseau.
L’heure de l’exécution
Le thème de cette Journée mondiale de la mer nous rappelle une évidence : la politique fixe le cap, mais seule la pratique produit les résultats.
L’Afrique maritime dispose aujourd’hui d’une grande partie des règles nécessaires. Son prochain défi est de démontrer, port après port, navire après navire et administration après administration, qu’elle sait les transformer en excellence opérationnelle.
C’est désormais sur le terrain que se jouera l’avenir maritime du continent.
A. KOUASSI Junior
Africa Harbors