De Misrata au golfe de Guinée : la Libye mise sur la mer pour sortir de l’ombre du pétrole

Pendant des années, les cargaisons libyennes ont pris la même direction : le nord, vers l’Europe. Cette fois, le cap est au sud.
Depuis le 14 septembre 2026, une ligne maritime directe est opérationnelle entre le port de la zone franche de Misrata et plusieurs marchés d’Afrique, le Nigéria et le Cameroun en tête. Son lancement officiel porte la signature de l’Autorité libyenne de développement des exportations, rattachée au Conseil des ministres.
Le trajet ne se fait pas d’une traite.
Les marchandises feront escale à Tanger Med, au Maroc, qui sert de plateforme centrale de transbordement avant la remontée, ou plutôt la descente, vers le golfe de Guinée.
Derrière ce nouveau corridor, les ambitions sont posées avec clarté. Il s’agit de réduire sensiblement les coûts de fret pour les opérateurs locaux, de raccourcir les délais d’acheminement et d’offrir à la production libyenne hors hydrocarbures des débouchés stables.
Le moment n’est pas anodin. La ligne s’ouvre dans la foulée d’une décision du gouvernement de Tripoli : la levée de l’interdiction d’exporter les produits agricoles nationaux.
Une porte s’entrouvre, et l’organisme d’État entend désormais jouer les passeurs. Son rôle : accompagner producteurs et investisseurs privés vers les marchés ciblés, tout en les aidant à aligner leur conditionnement sur les exigences internationales.

Pour les entreprises de Misrata, c’est une opportunité commerciale. Pour le Maroc, c’est aussi une validation : celle de son positionnement comme pont logistique entre les sous-régions du continent, et des orientations nationales qui font de la façade atlantique et des infrastructures maritimes du Royaume des leviers d’intégration économique et d’échanges intra-africains.
Reste à voir si la ligne tiendra sa promesse. Mais pour la première fois, les conteneurs libyens ont un chemin direct vers l’Afrique.