
Entretien avec : M. Nico VERTONGEN – Directeur Technique du projet
Lancé en février 2025 pour quatre ans avec une enveloppe de 12 millions d’euros, SCOPE APica (Securing Corridors, Ports and Exchanges in Western and Central APica) incarne l’engagement de l’Union européenne via sa stratégie Global Gateway. Piloté par Expertise France et l’agence belge Enabel, le projet cible une dizaine de ports stratégiques (Abidjan, Dakar, Lomé, Lagos, Douala, Kribi, Libreville, Pointe-Noire, Praia, Monrovia). Son objectif : instaurer une culture de sûreté portuaire durable, complément indispensable aux initiatives maritimes existantes comme
SEACOP ou GoGIN.
Pouvez-vous présenter à nos lecteurs le projet SCOPE Africa et expliquer en quoi il répond aux enjeux actuels de sécurisation des corridors et des échanges en Afrique de l’Ouest et du Centre ?
Le projet SCOPE Africa s’inscrit dans la vision Global Gateway de l’Union européenne et vise à renforcer la sécurité et la sûreté de plusieurs ports importants en Afrique de l’Ouest et centrale. Nous le faisons avec notre équipe en adoptant une approche « bottom-up », où nous voulons répondre aux priorités soulevées par les ports eux-mêmes, comme par exemple la gestion (stockage/transit) des matières dangereuses ou le renforcement des capacités d’intervention des sapeurs-pompiers, la lutte contre la cybercriminalité, etc.
Comment les cinq axes du projet (conformité, gestion des risques, formation, coopération régionale, soutien à l’AGPAOC) garantissent ils à la fois sûreté et fluidité ?
Pour éviter que nos activités évoluent dans tous les sens, nous nous basons sur les standards et normes internationales courants en matière de sécurité, comme par exemple les normes ISO ou le code ISPS. Cela nous permet également de développer une approche harmonisée et, en même temps, de rendre le benchmarking possible. Notre collaboration avec l’association des ports de l’Afrique de l’Ouest et du CentreAGPAOC a précisément pour but d’échanger des expériences en matière de gestion de la sécurité et sûreté entre les ports africains et de viser une approche uniformisée des problèmes et défis, qui sont souvent similaires dans les différents ports, quelle que soit l’échelle ou la taille des ports.
Onze ports, du Cap-Vert au Congo, présentent des réalités très diverses. Quels défis communs émergent de cette diversité ?
Aucun port n’est identique, mais on remarque tout de même quelques similitudes dans la manière d’aborder les défis liés à la sécurité et à la sûreté. Par exemple, les ports se posent aujourd’hui souvent des questions sur la protection de leur informatique et de leurs données dans le cadre de la digitalisation croissante de leurs processus (cybersécurité). En plus, il y a les ajustements aux normes environnementales toujours plus strictes et aux obligations internationales imposées aux ports. Mais les sujets plus classiques comme l’application correcte du code ISPS et la gestion des marchandises dangereuses restent aussi parmi les priorités majeures des autorités portuaires.
Un an après le lancement, quels premiers résultats ou avancées observez vous, notamment en matière de renforcement des capacités des autorités portuaires à prévenir et gérer les incidents de sûreté et de sécurité ?
Nico Vertogen : Au cours de la première année, nous avons surtout travaillé à rendre notre équipe opérationnelle et à bien inventorier les besoins et priorités de chacun des ports. Avec 11 ports, ce n’est pas une sinécure, mais nous croyons que cette approche sur mesure est la meilleure garantie pour générer des activités réussies. Bien sûr, nous avons également déjà mené toute une série de sujets dans chacun des ports (formation sûreté, cyber, matières dangereuses, risques industriels, etc). De plus, nous avons organisé une belle visite d’étude pour le réseau des femmes professionnelles du secteur maritime et portuaire en Afrique dans les ports de Rotterdam et d’Anvers.
En quoi SCOPE Africa complète-t-il des initiatives comme SEACOP ou GoGIN, et quelle est votre vision pour 2029 ?
SCOPE Africa est très complémentaire aux autres projets et initiatives financés par l’UE dans le Golfe de Guinée. Tout d’abord parce que SCOPE Africa est un vrai projet portuaire, en plus des initiatives qui travaillent déjà sur la sécurité maritime (GoGIN) ou les corridors de transport (par ex. CALAO ou CORAC). Chaque corridor de transport commence ou se termine dans un port, et avec SCOPE Africa, nous voulons apporter une contribution utile pour rendre ces ports plus sûrs en synergie avec les autres projets de l’UE, mais également avec les nombreuses initiatives que les ports prennent en collaboration avec le secteur privé
Entretien avec : M. Nico VERTONGEN – Directeur Technique du projet