
RACHID TAHIRI
PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION DES FREIGHT FORWARDERS DU MAROC (AFFM)
Expert reconnu du secteur de la logistique marocaine, Rachid Tahri incarne le dynamisme entrepreneurial et la professionnalisation du transport et du freight
forwarding au Maroc. Titulaire d’un Master en Transport et Logistique, il dispose de plusieurs décennies d’expérience dans le transport multimodal international et dirige STC Maroc, spécialisée dans le transport international et le freight forwarding. Président de l’Association des Freight Forwarders du Maroc (AFFM), il œuvre activement à la structuration et à la modernisation de la profession. Sous son impulsion, l’AFFM a renforcé le dialogue avec les pouvoirs publics autour de la qualification des opérateurs, de l’amélioration du cadre réglementaire et de la mise en place de standards professionnels et déontologiques. Son engagement et son expertise lui ont valu une reconnaissance majeure dans le secteur, notamment avec le trophée «Top Manager» de l’IRU en 2012 et son élection comme Personnalité Logistique de l’Année en 2016.
Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel avant de prendre la tête de l’AFFM, et les étapes marquantes de votre carrière dans la logistique ?
Mon parcours dans le transport et la logistique est avant tout une histoire de passion, nourrie par un environnement familial marqué par le transport. Après des débuts dans le transport maritime, j’ai évolué vers le transport routier international et le freight forwarding, avant de créer en 1995 ma propre entreprise en partenariat avec un groupe européen. Fort de plus de 20 ans d’expérience, notamment comme vice-président de la Fédération du Transport et de la Logistique de la CGEM, je mets aujourd’hui mon expertise au service de l’AFFM pour défendre les intérêts des freight forwarders et promouvoir la formation, l’innovation et la compétitivité logistique du Maroc.
Quelles sont vos principales responsabilités à l’AFFM en tant que Président, et comment cette position vous permet-elle d’influencer le secteur de la logistique au Maroc ?
En tant que Président de l’AFFM, ma mission est de représenter les freight forwarders marocains, défendre leurs intérêts et être force de proposition auprès des pouvoirs publics et des institutions nationales et internationales. Nous œuvrons notamment à la modernisation du cadre législatif et réglementaire, à la simplification des procédures et à la réduction des coûts et délais logistiques, afin de renforcer la compétitivité du Maroc.
L’AFFM joue également un rôle dans la promotion de l’expertise marocaine à l’international, le partage des meilleures pratiques et le développement de partenariats. Mon ambition est de renforcer le dialogue entre secteur privé et institutions et de faire de l’AFFM un partenaire de référence, capable d’accompagner les réformes et d’anticiper les futurs défis de la logistique marocaine.
Qu’est-ce qui vous a motivé personnellement à vous investir dans le domaine du transport et de la logistique, et à défendre la profession de freight forwarder ?
Ce qui m’a conduit vers le transport et la logistique est la conviction que ce secteur deviendrait un levier majeur du développement économique du Maroc. Après mes débuts dans le transport maritime, j’ai anticipé l’essor du transport routier international entre le Maroc et l’Europe, porté par les accords de libre-échange et l’intensification des échanges. La forte progression, au début des années 1990, des importations marocaines en provenance d’Asie, notamment de Chine, a également confirmé l’importance croissante du freight forwarding.
J’ai ainsi compris que le freight forwarder n’était plus un simple organisateur de transport, mais un véritable architecte de la chaîne logistique, capable d’optimiser les coûts et les délais tout en sécurisant les flux internationaux. Cette vision nourrit encore aujourd’hui mon engagement au sein de l’AFFM, avec la conviction que les freight forwarders sont des partenaires stratégiques de la compétitivité des entreprises et du développement économique du Maroc.
Quelles ont été les innovations ou réformes notables que vous avez initiées ou soutenues pour moderniser la chaîne logistique marocaine ?
Tout au long de mon parcours, j’ai considéré que la modernisation de la logistique reposait à la fois sur un cadre réglementaire adapté et le développement des compétences. Parmi les initiatives majeures que j’ai soutenues figurent une convention avec Maroc PME pour accompagner les entreprises vers la certification ISO, la reconnaissance juridique du métier de commissionnaire de transport dans le Code de commerce marocain, ainsi que l’accréditation de l’AFFM pour la distribution du FIATA Bill of Lading, renforçant la reconnaissance internationale des freight forwarders marocains.
La formation a également constitué une priorité, avec la mise en place d’un programme international Training of Trainers (TOT), puis la création d’un centre de formation détenu à 100 % par l’AFFM. Aujourd’hui accrédité pour les formations en freight forwarding et commerce international, il permet notamment aux jeunes Marocains d’obtenir le Diplôme International FIATA, ainsi que des formations au transport aérien des marchandises dangereuses grâce à l’accréditation OACI–FIATA.
Comment décririez-vous votre style de leadership et la manière dont vous mobilisez vos équipes et partenaires pour atteindre vos objectifs ?
Je qualifierais mon leadership de participatif, pragmatique et orienté vers les résultats. Je privilégie l’écoute, le dialogue et la recherche du consensus afin de comprendre les réalités du terrain, fédérer les membres autour d’une vision commune et créer une véritable dynamique collective. Dans une organisation professionnelle comme l’AFFM, mon rôle est avant tout de rassembler plutôt que d’opposer.
Je place également l’abnégation, le sens du service et l’engagement au cœur de ma fonction. Mon approche repose sur l’analyse objective des situations et la recherche de solutions concrètes, réalistes et applicables, en collaboration avec les partenaires institutionnels et privés. C’est cette méthode qui me permet de mobiliser les équipes, gagner la confiance des partenaires et faire avancer des projets utiles à la logistique marocaine.
Selon vous, quel a été votre principal impact sur le développement du secteur de la logistique au Maroc jusqu’à présent ?
Je préfère laisser mes pairs, les professionnels et les institutions apprécier mon impact sur le développement de la logistique marocaine. Ma principale satisfaction est d’avoir contribué, avec l’ensemble des acteurs du secteur, à renforcer la reconnaissance du métier de freight forwarder, promouvoir la formation et développer le dialogue entre professionnels et pouvoirs publics. Ces avancées sont avant tout le fruit d’un travail collectif.
Les distinctions reçues constituent pour moi des encouragements plutôt que des récompenses personnelles : Professionnel Logistique de l’Année aux Moroccan Logistics Awards en 2016, finaliste des European Logistics Awards en 2017 et décoré du Wissam du Mérite National de Classe Exceptionnelle. Je les considère comme une reconnaissance du travail accompli collectivement pour faire progresser la logistique marocaine.
Quelle est votre vision d’avenir pour la logistique marocaine face aux défis actuels (digitalisation, durabilité,compétitivité internationale) ?
L’avenir de la logistique marocaine est prometteur, porté par la position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Europe, de l’Afrique, des Amériques et de l’Asie. Pour consolider son rôle de hub régional, il est essentiel de renforcer le partenariat public-privé et d’accélérer la transformation numérique vers une chaîne logistique plus intégrée, notamment grâce à des technologies comme la blockchain, pour améliorer la traçabilité, la sécurité et la fluidité des échanges. La multimodalité et le transfert modal seront également déterminants pour réduire les coûts, renforcer la compétitivité et accompagner la transition environnementale. Il faudra enfin mieux connecter les territoires éloignés des grands ports grâce à des infrastructures adaptées. Ma vision est celle d’une logistique marocaine connectée, innovante, durable et inclusive, capable de soutenir les ambitions économiques du Royaume et de renforcer son positionnement parmi les grandes plateformes logistiques internationales.
Quelle est votre vision pour la logistique marocaine de demain et l’héritage que vous souhaitez laisser aux nouvelles générations ?
Si je devais laisser un héritage, ce serait avant tout une culture de la collaboration, de la solidarité et du professionnalisme. Je souhaite voir les nouvelles générations dépasser l’individualisme pour construire une profession unie, fondée sur l’éthique, le respect des règles et le travail collectif. Je les encourage également à regarder au-delà des frontières du Maroc, notamment vers l’Afrique, dont la transformation économique offre d’importantes opportunités, en renforçant les partenariats entre freight forwarders marocains et africains afin de développer des chaînes logistiques régionales et de capter les nouveaux flux commerciaux
Interview réalisé par /
Interview conducted by: A. KOUASSI Junior