MAROC 2030 : LA STRATÉGIE PORTUAIRE COMME LEVIER DE SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUE ET D’INTÉGRATION AFRICAINE

SANAE EL AMRANI
DIRECTRICE DES PORTS ET DU DOMAINE PUBLIC MARITIME

Triplement de la capacité portuaire, nouveaux hubs à Nador, Dakhla ou Safi, leadership régional affirmé : le Maroc accélère sa mutation logistique. À l’heure du bilan intermédiaire, Sanae EL AMRANI, en charge de la Stratégie Portuaire 2030, décrypte les clés d’une réussite qui transforme les ports en catalyseurs de souveraineté économique et de coopération Sud-Sud.

BIOGRAPHIE
Sanae El Amrani, Ingénieure d’État de l’École Hassania des Travaux Publics, cumule plus de 25 ans d’expérience dans le secteur portuaire et littoral. Elle occupe actuellement les fonctions de Directrice des Ports et du Domaine Public Maritime au Ministère de l’Équipement et de l’Eau du Maroc, et préside l’Association Marocaine de l’Ingénierie Portuaire et Maritime.
Son expertise couvre la planification et le financement de projets portuaires, la sûreté et sécurité maritimes, ainsi que la protection du littoral. Elle a piloté plusieurs projets structurants, dont l’élaboration de la Stratégie Portuaire Nationale à l’horizon 2030, du schéma directeur des infrastructures navales et du plan de transition verte des ports marocains.

Bonjour Madame Sanae EL AMRANI, vous pilotez la Stratégie nationale portuaire marocaine à Horizon 2030, sa mise en œuvre ainsi que certainement des défis majeurs. Quelles sont les principales difficultés rencontrées en matière de gouvernance, de financement ou de coordination institutionnelle ?


La mise en œuvre de la Stratégie Nationale Portuaire à l’horizon 2030 s’inscrit dans un environnement en mutation, impliquant trois défis majeurs. Sur le plan de la gouvernance, l’enjeu est l’adaptation continue de la stratégie face aux évolutions sectorielles, pilotée par un Comité de suivi regroupant l’ensemble des parties prenantes. Pour le financement, le développement et la modernisation des infrastructures exigent la mobilisation de ressources pérennes, via un équilibre entre investissements publics, partenariats public- privé et mécanismes innovants. Enfin, la coordination institutionnelle reste un facteur clé : le port, au cœur d’un écosystème logistique plus large, nécessite un alignement des politiques sectorielles et une interopérabilité des systèmes pour fluidifier les chaînes logistiques.

Quelles ont été les principales motivations ayant conduit à l’élaboration de la Stratégie nationale portuaire marocaine à l’horizon 2030 et, dans ce cadre, quelles sont les attentes stratégiques et opérationnelles formulées par ses initiateurs en termes de performance, de compétitivité et de positionnement régional du Maroc par rapport à Afrique ?

L’élaboration de la Stratégie Nationale Portuaire à l’horizon 2030 répond à une double nécessité : accompagner la dynamique économique du Royaume et anticiper les mutations du commerce maritime mondial. Elle ambitionne de doter le Maroc de ports performants et durables, catalyseurs de compétitivité et leviers de positionnement sur les façades méditerranéenne et atlantique.
Les objectifs prioritaires portent sur l’optimisation de la chaîne logistique, la valorisation des ressources, la sécurisation des approvisionnements stratégiques et le renforcement de la résilience du système portuaire face aux évolutions internationales.
Sur le plan régional, l’ambition est de faire du système portuaire marocain un levier d’intégration économique avec l’Afrique, capable d’accompagner les flux commerciaux intra-africains et de soutenir les partenariats Sud-Sud dans une perspective de co-développement.

L’échéance de 2030 approche, puisqu’elle est dans quatre ans. Peut-on savoir si les objectifs fixés sont en voie d’être atteints ?

À quatre ans de l’échéance 2030, le bilan de la Stratégie Nationale Portuaire est très positif. Depuis 2012, la capacité portuaire globale est passée de 140 à environ 350 millions de tonnes, et le trafic a bondi de 93 à 262,6 millions de tonnes en 2025, grâce à un réseau d’infrastructures modernes aux standards internationaux.
Les réalisations structurantes incluent le port de Nador West Med (infrastructures achevées, levier pour l’approvisionnement en GNL), le Nouveau Port de Dakhla Atlantique (en cours, pour dynamiser les provinces du Sud) et Safi Atlantique (phase 1 achevée, phase 2 en cours, soutenant l’industrie minière et la requalification du port historique). En parallèle, des extensions sont menées à Jebha et Casablanca, tandis qu’une reconversion urbaine est engagée à Tanger Ville, Kénitra et Casablanca pour mieux intégrer les ports dans leur environnement.
Le développement de l’industrie navale à Casablanca, Agadir et Dakhla consolide également l’économie bleue. Si les progrès sont indéniables, la pleine concrétisation des ambitions 2030 requiert encore des efforts : déploiement opérationnel de certains projets, activation des zones industrialo-logistiques et accélération de la transition écologique et numérique du secteur.

Propos recueillis par : Florence EDIE

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