
ANALYSE DU PORT DE LUANDA (2021-2024)
Le Port de Luanda, un Hub Stratégique en Pleine Transformation
Principal port d’Angola, le Port de Luanda gère près de 80% du commerce extérieur non pétrolier du pays et sert de corridor vital pour les pays enclavés voisins (RDC, Zambie). La période 2021-2024 a été marquée par une volonté de diversification économique et de modernisation portuaire, dans un contexte post-pandémique et de perturbations logistiques globales.
Analyse Quantitative du Trafic Portuaire (2021-2024)
L’analyse des performances du Port de Luanda repose sur ses flux de marchandises. Ce bilan du trafic (2021-2024) précise que les données de 2021 et 2022 sont consolidées, tandis que celles de 2023 et 2024, encore partielles, doivent être interprétées avec prudence. L’accent doit être mis sur les tendances qu’elles révèlent plutôt que sur des valeurs absolues.
Trafic Global de Marchandises (2021-2024) – Port de Luanda
Trafic Global de Marchandises (2021-2024) – Port de Luanda
Cet indicateur reflète l’activité économique globale. Son
évolution montre :
2021-2022 : Reprise spectaculaire
2021 : 14,2 millions de tonnes (Mt)
2022 : 17,1 Mt (+20,4%), atteignant un pic historique.
2023 : Stabilisation
T1 2023 : 4,2 Mt, une baisse de 2% par rapport au T1
2022, suggérant un plateau après la forte croissance.
2024 : Activité soutenue
Données de fret certifié (partielles) : 1,1 Mt (T1) et 1,28
Mt (T2), confirmant une activité continue à un rythme
stable. Après une croissance exceptionnelle en 2022, le trafic semble se stabiliser à un niveau élevé sur la période récente.
Trafic de Conteneurs (EVP/TEU)
Le trafic de conteneurs (EVP), indicateur clé de l’économie non pétrolière, a crû de 8,2% en 2022 pour atteindre 654 590 EVP. Début 2023, le nombre d’EVP a baissé de 6% (T1), mais le tonnage a augmenté de 3%, suggérant un changement dans le type de conteneurs utilisés (plus de 40 pieds). Cette tendance indique une stabilisation après le pic de 2022.
Trafic de Vracs & Structure Économique (2022)
Le trafic de vracs, dominé par les produits pétroliers
(vracs liquides), reflète la structure de l’économie angolaise. En 2022 :
Vracs liquides : 7,9 Mt (+25,7%), représentant 46% du trafic total.
Vracs secs : 0,95 Mt, soit 5,5% du total.
Marchandises diverses (non conteneurisées) : 2,07 Mt (+52,7%), indiquant une forte activité dans les projets de construction et industriels.
Caractéristiques Opérationnelles du Port
La compétitivité du Port de Luanda repose sur son modèle de gestion : un complexe de terminaux spécialisés concédés à des opérateurs privés, qui en assurent l’exploitation, l’expertise et les investissements.
Les Terminaux et l’Évolution Stratégique
Le Port de Luanda fonctionne sur un modèle de concessions à des opérateurs privés (comme DP World, Sogester) qui gèrent des terminaux spécialisés. Cette structure a favorisé l’expertise mais présente une limite opérationnelle majeure : un tirant d’eau maximal de 12,5 m, insuffisant pour accueillir les plus grands porte-conteneurs, ce qui pénalise la compétitivité.
L’évolution majeure de 2024 est l’arrivée d’AD Ports Group. Ce partenariat stratégique va bien au-delà d’un simple changement d’opérateur. Son objectif central est de transformer les capacités du port en augmentant le tirant d’eau à 16 mètres, un projet qui vise à positionner Luanda comme un port de premier ordre sur la côte ouest-africaine
Le Partenariat Stratégique AD Ports Group (2024) L’Accord :
• En avril 2024, AD Ports Group a signé un accord de 20 ans pour opérer et moderniser un terminal polyvalent.
• Structuré via deux coentreprises (Noatum Ports Luanda Terminal et Noatum Unicargas Logistics), le partenariat intègre l’exploitation portuaire et la logistique terrestre.
• Investissement : $250M initial (pouvant atteindre $379M), avec des opérations lancées en janvier 2025.
Le projet de modernisation :
Ambitions (Horizon fin 2026- début 2027)
L’objectif est de créer une installation de classe mondiale grâce :
• au dragage : Augmenter le tirant d’eau de 9,5m à 16m (le plus profond du port), permettant d’accueillir
les plus grands navires (Super Post-Panamax, jusqu’à 14 000 EVP).
• aux nouveaux équipements : Acquisition de grues portiques et de parc modernes pour accélérer
les opérations.
• aux systèmes informatiques : Mise en place de logiciels de pointe pour optimiser la gestion et la fluidité.
Impacts Capacitaires Spectaculaires :
• Conteneurs (EVP) : La capacité annuelle sera multipliée par 14, passant de 25 000 à 350 000 EVP.
• Ro-Ro (Véhicules) : Création d’un nouveau pôle d’activité avec une capacité de +40 000 véhicules/an.
Résumé Analytique du Port de Luanda (2021-2024)
Tendance 1 : Croissance volatile et dépendance aux cycles économiques
La forte croissance post-Covid (2021-2022) a cédé la place à une stabilisation en 2023.
Cette volatilité souligne la nécessité de diversifier les sources de revenus au-delà du marché angolais, notamment via le transbordement.
Tendance 2 : Une spécialisation des flux qui reflète l’économie angolaise
La structure du trafic confirme la domination du pétrole (vracs liquides = 46% du tonnage en 2022).
La croissance des conteneurs et des marchandises diverses est un baromètre essentiel des efforts de diversification économique du pays.
Tendance 3 : La modernisation comme réponse aux goulots d’étranglement
Les problèmes chroniques d’efficacité (congestion, longs délais) ont entravé la compétitivité.
Le partenariat avec AD Ports Group est une réponse directe
: investissements massifs pour améliorer les infrastructures (tirant d’eau), les équipements et les systèmes afin de réduire les coûts et améliorer la fiabilité.
Tendance 4 : L’ambition stratégique de devenir un hub régional de transbordement
Le projet clé (tirant d’eau porté à 16 mètres) vise à attirer les plus grands navires.
L’objectif est de transformer Luanda en plateforme majeure de transbordement pour l’Afrique Centrale et de l’Ouest, le positionnant en concurrent direct des autres grands ports de la région.


Vers un Hub Logistique Panafricain
De simple porte d’entrée de l’économie angolaise, le Port de Luanda se transforme radicalement. Le partenariat stratégique avec AD Ports Group et les investissements massifs visent à le métamorphoser en un hub de transbordement régional de premier ordre. L’augmentation du tirant d’eau à 16 mètres est l’élément clé de cette ambition. Cette modernisation structurelle lui permettra d’accueillir les plus grands navires et de capturer une part des flux maritimes majeurs le long de la côte africaine. Sa réussite est cruciale : elle conditionne à la fois sa propre compétitivité future et la stratégie plus large de l’Angola pour diversifier son économie et s’affirmer comme un carrefour logistique continental incontournable.