
NANCY KARIGITHU
JURISTE MARITIME ET DIPLOMATE – MARITIME JURIST AND DIPLOMAT
Elle a transformé le secteur maritime kényan, modernisé ses lois et renforcé ses capacités, faisant du Kenya un acteur crédible à l’échelle mondiale.
Juriste maritime et diplomate reconnue, l’ambassadrice Nancy Karigithu est l’une des personnalités les plus influentes de la gouvernance maritime internationale. Forte de plus de 38 ans
d’expérience, elle a joué un rôle déterminant dans la structuration et la modernisation du secteur maritime du Kenya.
Première directrice générale de la Kenya Maritime Authority (KMA), fonction qu’elle a occupée pendant neuf ans, elle a ensuite été principal secretary for Shipping and Maritime Affairs durant huit ans. Sur la scène internationale, elle s’est illustrée au sein de plusieurs institutions, notamment à l’organisation maritime internationale (OMI), où elle a présidé le comité de coopération technique.
Ancienne gouverneure de la World Maritime University en Suède et aujourd’hui membre du conseil de l’International Maritime Law Institute à Malte, elle est également la première femme africaine à s’être portée candidate au poste de Secrétaire générale de l’OMI.
Rencontrée, elle revient sur les réformes clés qui ont permis au Kenya de bâtir une administration maritime crédible et reconnue à l’international Moderniser le cadre juridique maritime
À la création de la Kenya Maritime Authority, l’un des premiers défis consistait à moderniser un cadre juridique devenu obsolète.
«Le Kenya fonctionnait encore avec une législation maritime datant des années 1960, inspirée d’une loi britannique de 1895. Il était essentiel d’aligner notre réglementation sur les conventions internationales», explique-t-elle.
La réforme du Merchant Shipping Act et l’intégration des conventions de l’Organisation maritime internationale ont permis de renforcer la sécurité maritime, la protection de l’environnement marin et la formation des gens de mer.
Investir dans les capacités humaines
Au-delà des réformes législatives, la KMA a mis l’accent sur le renforcement des capacités institutionnelles. Recrutement d’inspecteurs maritimes, modernisation des systèmes d’immatriculation des navires et formation des professionnels du secteur ont constitué des axes majeurs de transformation.
Des partenariats avec des administrations maritimes de référence, notamment au Royaume-Uni, à Singapour et en Australie, ont permis d’exposer les équipes kenyanes aux meilleures pratiques internationales.
Sécurité maritime et rayonnement international
Les réformes ont également permis de renforcer les mécanismes de contrôle par l’État du port et d’améliorer la sécurité de la navigation le long du littoral kenyan.
Parallèlement, le Kenya a accru sa participation aux instances maritimes régionales et internationales, renforçant ainsi son influence dans l’élaboration des politiques maritimes mondiales.
Un pilier de la stratégie économique nationale
Ces efforts ont contribué à faire reconnaître le secteur maritime comme un levier stratégique du développement national. Il est aujourd’hui intégré comme huitième pilier de la Vision 2030 du Kenya, la stratégie nationale de transformation économique.
Pour Nancy Karigithu, la réforme la plus déterminante reste toutefois institutionnelle.
« Construire une administration maritime crédible, fondée sur des normes internationales et des ressources humaines qualifiées, a été la clé pour positionner durablement le Kenya comme une nation maritime responsable. ».
Par / By : Franck BAYE