
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA PMAESA
Fondée en 1973, la PMAESA fédère les acteurs portuaires et maritimes de plus de 25 pays. Son Secrétaire Général, le Colonel André Ciseau, nous présente sa stratégie pour renforcer la compétitivité et la durabilité des ports à l’heure de la digitalisation et de l’intégration régionale.
La PMAESA a récemment lancé son Plan stratégique 2024–2028, qui inclut des initiatives phares telles que le Green Port Toolkit, la relance de Cruise Africa et le Portail de connectivité. Comment ces programmes soutiennent-ils concrètement la modernisation des infrastructures et l’amélioration des performances opérationnelles de vos ports membres ?
Notre plan stratégique est effectivement notre boussole pour les cinq prochaines années. Chaque initiative a un objectif opérationnel précis.
• Le Green Port Toolkit n’est pas qu’un simple guide. C’est une feuille de route pratique, avec des indicateurs de performance clés (KPI), qui aide nos membres à auto- évaluer leur empreinte environnementale et à prioriser les investissements : électrification des quais, traitement des eaux usées, efficacité énergétique. Cela rend les projets «verts» plus bancables.
• La relance de Cruise Africa est un programme intégré. Au- delà de la promotion, nous travaillons avec les ports pour standardiser les protocoles d’accueil, former le personnel et développer des circuits touristiques intégrés. Cela génère des revenus non-négligeables et diversifie l’activité portuaire.
• Le Portail de connectivité est l’épine dorsale de notre stratégie digitale. Il ne s’agit pas seulement de partager des données, mais de créer une plateforme interopérable où les autorités portuaires, les armateurs, les transitaires et les douanes peuvent échanger des informations en temps réel. L’objectif est de réduire de manière tangible les délais de séjour des navires et des cargaisons.
Les ports de Mombasa, Dar es Salaam et Maputo constituent des portes d’entrée vitales pour les pays enclavés, mais sont souvent confrontés à des goulots d’étranglement et à des contraintes d’infrastructures. Quels sont les principaux défis qui freinent l’expansion de leurs capacités, et comment la PMAESA les accompagne- t-elle ?
Les défis sont systémiques. Au-delà du financement, qui est crucial, nous identifions :
• La coordination inter-étatique : Un port comme Dar es Salaam dessert six pays. Les goulots d’étranglement ne sont pas qu’aux quais, mais aussi dans les corridors. La PMAESA agit comme une plateforme neutre pour faciliter le dialogue entre les autorités portuaires, les gestionnaires de chemins de fer et les gouvernements des pays enclavés pour harmoniser les réglementations et synchroniser les investissements.
• Le transfert de compétences : L’expansion nécessite une expertise pointue. Nous organisons des programmes de formation conjoints et facilitons les échanges de personnel entre ports membres pour diffuser les meilleures pratiques en matière d’ingénierie portuaire et de gestion de projet.
• Le plaidoyer politique : Nous portons la voix collective de nos membres auprès d’institutions comme la BAD ou la Banque Mondiale pour prioriser le financement des infrastructures de liaison (rail, route) aussi bien que des terminaux portuaires eux-mêmes. La digitalisation et la gestion basée sur les données deviennent des leviers majeurs de compétitivité. Comment la PMAESA favorise-t-elle l’intégration des TIC auprès de ses ports membres ?
Notre approche est pragmatique. Nous ne prônons pas une solution unique, mais une interopérabilité des systèmes.
• Benchmarking et indicateurs : Nous avons développé un cadre commun de KPIs portuaires. En permettant à un port de se comparer à ses pairs régionaux, nous identifions les lacunes et justifions les investissements dans des systèmes d’information.
• Plateformes partagées : Le Portail de connectivité que je mentionnais est conçu pour être une «épine dorsale» régionale. Il peut s’interfacer avec les systèmes nationaux de guichet unique, évitant ainsi de réinventer la roue et réduisant les coûts pour les ports les plus petits.
• Groupes de travail : Nous animons des communautés de pratique réunissant les responsables IT de nos ports membres. Ils échangent sur les défis techniques, les appels d’offres et les solutions logicielles, créant une dynamique d’entraide très concrète.
La durabilité et le respect des normes internationales prennent une importance croissante. Comment la PMAESA aide-t-elle ses membres à mettre en place des
infrastructures vertes et à renforcer la sécurité maritime ?
Le rôle de la PMAESA est de traduire les normes internationales en actions réalisables pour nos membres.
• Sécurité maritime : Nous organisons des exercices de simulation et des formations certifiantes alignées sur les conventions SOLAS et ISPS. La mise en œuvre du pesage vérifié des masses brutes (VGM) a été une priorité ; nous avons formé des centaines de personnels à son application pour garantir la sécurité et éviter les retards.
• Durabilité environnementale : Au-delà du Green Port Toolkit, nous négocions des accords-cadres avec des partenaires techniques et financiers pour que nos membres aient accès à des technologies vertes à des coûts préférentiels (par exemple, pour l’éclairage LED ou les équipements anti-pollution).
• Économie bleue : Nous insistons pour que le développement portuaire soit pensé en synergie avec les autres activités maritimes (pêche durable, aquaculture, tourisme) pour une gestion intégrée du littoral.
À l’horizon 2030 et au-delà, quels projets phares ou thèmes stratégiques la PMAESA identifie-t-elle comme transformateurs pour le paysage portuaire et logistique de la région ?
Notre vision pour 2030 s’articule autour de trois piliers transformateurs :
• L’intermodalité intégrée : Faire des ports les nœuds centraux de corridors logistiques fluides, connectés par le rail et des routes efficaces. Le futur, c’est le port sans congestion, où la cargaison est directement transbordée sur un train à destination de l’hinterland.
• Le port en tant que plateforme digitale («smart port»)
: Un port où l’IA optimise les mouvements, la blockchain sécurise la traçabilité des documents, et les jumeaux numériques («digital twins») permettent de simuler et d’optimiser les opérations avant même qu’elles n’aient lieu.
• La spécialisation et la complémentarité régionale : Plutôt qu’une concurrence frontale, nous poussons à une spécialisation des ports : certains comme hubs de conteneurs (Durban, Mombasa), d’autres comme centres de croisière (Le Cap, Zanzibar), de vracs solides (Maputo) ou de gaz (Matarbari). Cette vision régionale permet à chaque port de développer son avantage compétitif au service de tous. L’objectif ultime est de faire de l’Afrique de l’Est et Australe une plaque tournante maritime et logistique mondiale, compétitive, durable et résiliente.