
Par : E.A. KOUASSI Junior
Un an après les recommandations ambitieuses de Conakry sur l’optimisation de la desserte de l’arrière-pays, le 45ème Conseil de l’AGPAOC à Pointe-Noire s’annonce comme le moment de la concrétisation. Retour sur les avancées et perspectives pour 2025.
L’édition 2024 du Conseil de l’AGPAOC avait marqué un tournant stratégique. Réunis à Conakry, plus de 500 experts et décideurs portuaires avaient planché sur l’épineuse question de la desserte de l’arrière-pays, formulant des recommandations audacieuses mais nécessaires : harmonisation des procédures, investissements durables dans les infrastructures, création d’une autorité de régulation des corridors, et renforcement de la cybersécurité. Un an plus tard, le bilan est mitigé mais encourageant. Plusieurs ports membres ont initié des projets de digitalisation des procédures, réduisant sensiblement les délais de dédouanement. La nomination de Mohammed Bello Koko (Nigéria) à la présidence a insufflé une dynamique nouvelle, avec la création d’un groupe de travail sur l’harmonisation tarifaire régionale. L’adoption de l’espagnol comme quatrième langue de travail symbolise par ailleurs l’élargissement des ambitions de l’association.

Pour 2025, l’enjeu est désormais de traduire les engagements en actions tangibles. Le Conseil de Pointe-Noire devra mettre l’accent sur trois priorités :
• La finalisation du cadre de régulation des corridors transnationaux
• Le déploiement opérationnel de plateformes logistiques intelligentes
• La mise en place d’un dispositif commun de cybersécurité portuaire
Le choix du Congo comme hôte n’est pas anodin : pays pivot de la connectivité en Afrique centrale, il incarne les défis et potentialités de la desserte hinterland. Cette édition 2025 s’annonce comme celle de la maturité opérationnelle, où les visions stratégiques devront céder la place aux plans d’exécution concrets. L’Afrique portuaire est à un tournant : celui de la transition des déclarations d’intention à la création de valeur réelle pour les économies nationales et régionales.Des défis de taille persistent cependant. La mise en œuvre des recommandations 2024 bute encore sur des réalités opérationnelles complexes : divergences réglementaires entre pays, financements insuffisants pour les infrastructures critiques, et résistances culturelles à la digitalisation. La question du financement des corridors logistiques reste particulièrement épineuse, malgré les potentialités offertes par la ZLECAF. Les ports peinent à concilier urgences nationales et visions régionales, tandis que la cybercriminalité maritime prend une ampleur inquiétante. L’édition 2025 devra donc être celle de l’opérationnalisation accélérée.
Le futur Conseil de Pointe-Noire doit dépasser le stade des déclarations pour établir un calendrier contraignant de mise en œuvre, avec des indicateurs de performance clairs. La création annoncée d’un fonds dédié aux infrastructures hinterland, associant publics et privés, serait un signal fort. De même, l’adoption de standards communs de cybersécurité et la mutualisation des systèmes d’intelligence économique pourraient constituer des avancées concrètes. Le continent ne peut plus se contenter de diagnostics : il lui faut désormais des outils exécutoires pour transformer sa connectivité portuaire en avantage économique durable.