
La piraterie régresse dans le Golfe de Guinée, mais les trafics se réorganisent et la gouvernance maritime reste éclatée. C’est l’un des constats majeurs mis en avant lors de la Maritimafrica Week, tenue du 10 au 12 septembre 2025 à Lomé, où responsables publics, experts et opérateurs ont rappelé que la sécurité en mer demeure un point faible pour les ports africains.
Le lien entre sûreté portuaire, attractivité économique et souveraineté a été au cœur des discussions. Malgré des ambitions politiques affichées, les moyens restent dispersés et la dépendance à l’expertise extérieure importante. Sans renforcement opérationnel, les investissements dans les terminaux risquent d’être insuffisants pour garantir la compétitivité continentale. Les initiatives régionales peinent à produire leurs effets. La Charte de Lomé de 2016 tarde à être pleinement appliquée, tandis que la Charte africaine du transport maritime, entrée en vigueur seulement en 2025, illustre la lenteur des avancées. Certains États, comme le Maroc, ont choisi d’investir massivement dans leurs capacités navales et leurs partenariats internationaux, démontrant que la sûreté peut devenir un levier d’attractivité.
Le Golfe de Guinée reste un espace stratégique mais instable : malgré la baisse des attaques – de 26 en 2019 à 6 en 2024 selon le MICA Center – les trafics de drogue, le siphonnage de pétrole, la pêche illégale et la contrebande continuent d’alimenter une économie criminelle solide. L’Architecture de Yaoundé a permis des progrès, mais la coordination régionale reste incomplète.
Dans ce paysage, l’exemple de PortSec SA au Cameroun offre une illustration concrète de sécurisation réussie. À Douala, le programme Douala Port Security (DPS), combinant drones, radars, biométrie et formation, a permis de réduire d’environ 35 % les vols de marchandises entre 2019 et 2023, tout en améliorant la coopération avec les pays voisins.
Reste une question centrale : comment adapter ce modèle à des ports africains aux contextes institutionnels et financiers très variés ? La clé réside dans la combinaison d’outils technologiques, de compétences locales et d’une coopération régionale soutenue. À cette condition seulement, l’Afrique pourra tirer pleinement parti de son potentiel maritime.