
PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DU PORTO DE LUANDA
À la tête du plus grand port d’Angola, Alberto António Bengue incarne une nouvelle ère de modernisation portuaire en Afrique centrale. Fort d’une solide formation internationale en économie des transports et en gestion logistique, il pilote une transformation stratégique ambitieuse du Port de Luanda. En consolidant le modèle Landlord Port, en signant un partenariat historique avec AD Ports Group et en lançant le projet phare d’approfondissement du tirant d’eau à 16 mètres, il ambitionne de faire de Luanda un hub de transbordement régional et un carrefour logistique incontournable pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.
Pouvez-vous nous résumer brièvement votre parcours professionnel jusqu’à votre nomination à la présidence au Port de Luanda ?
Je suis diplômé en ingénierie économique des transports de l’Université de Construction des Routes et Transports d’Ukraine, en 1994. De retour en Angola, j’ai intégré la fonction publique, en particulier au sein du Ministère de l’Intérieur, puis en 1995, au Ministère des Transports, où j’ai coordonné le Département des Investissements du Bureau du Plan. En 1998, j’ai été invité à rejoindre le Port de Luanda, où j’ai structuré le Département de l’Audit et de l’Inspection. En 2000, j’en ai assumé la direction, avant d’être transféré à la Direction des Finances.
En 2008, j’ai poursuivi mes études en Suède, obtenant un master en Affaires Maritimes et Portuaires. À mon retour, j’ai occupé les fonctions de Directeur Commercial, Conseiller du Conseil d’Administration, puis Administrateur en charge des domaines Commercial, Sécurité et Environnement. En 2015, j’ai été nommé Président du Conseil d’Administration du Port de Luanda, fonction que j’occupe à ce jour.
Quelles expériences antérieures vous ont préparé à diriger une ;infrastructure qui; concentre environ 80 % des flux commerciaux de l’Angola ?
L’expérience accumulée au cours de près de trois décennies dans le secteur des transports et de la gestion portuaire m’a permis d’acquérir une compréhension approfondie des flux logistiques, de l’interdépendance entre les acteurs de la chaîne de valeur, ainsi que des exigences en matière de sécurité, de transparence et d’efficacité opérationnelle.L’exercice de fonctions dans les domaines de l’audit, des finances et de la direction commerciale m’a conféré une vision intégrée, essentielle pour diriger une infrastructure de l’envergure et de la responsabilité du Port de Luanda. Mon parcours académique, enrichi par une formation spécialisée en gestion portuaire, a renforcé cette préparation, en me permettant de combiner l’expérience pratique à une approche stratégique contemporaine.
Avec plus de 3 600 navires reçus en 2021 et une croissance continue en 2024, comment votre expérience personnelle influence-t-elle votre manière de gérer une opération d’une telle complexité ?
L’expérience personnelle nous enseigne, avant tout, l’humilité face aux défis et la reconnaissance de la valeur des équipes. La gestion d’une opération de cette ampleur exige une capacité de planification, mais également une réactivité dans la prise de décision. Mon parcours m’a appris l’importance de l’écoute active, de la discipline opérationnelle et du suivi constant des indicateurs clés de performance. J’ai pour habitude d’être présent sur le terrain, de comprendre les détails opérationnels de manière concrète, et cela a été un facteur déterminant dans la manière dont nous orientons la gestion du Port de Luanda. Ce n’est pas une amélioration : c’est une révolution. Et elle est en marche.
RÉFORMES ET PROJETS STRUCTURANTS

Quelles réformes avez-vous mises en œuvre pour moderniser et accroître la compétitivité au Port de Luanda ?
En termes d’infrastructures, pouvez-vous nous présenter les principaux projets lancés et leur impact direct sur le trafic ? Nous menons actuellement des travaux de réhabilitation et d’extension de certains terminaux, notamment le Terminal Polyvalent et le Terminal Multi-Usages. La modernisation des systèmes de grues, le renforcement des zones de stockage et la création de corridors logistiques internes ont permis d’augmenter le volume de fret conteneurisé. Ces investissements ont eu un impact direct sur la fluidité du trafic et sur le niveau de d’extension de certains terminaux, notamment le Terminal Polyvalent et le Terminal Multi-Usages. La modernisation des systèmes de grues, le renforcement des zones de stockage et la création de corridors logistiques internes ont permis d’augmenter le volume de fret conteneurisé. Ces investissements ont eu un impact direct sur la fluidité du trafic et sur le niveau de satisfaction de nos clients.
Quels investissements récents, notamment dans la modernisation et l’optimisation des terminaux, ont contribué aux bons résultats au premier trimestre 2024 ?
À la fin de l’année 2024, nous avons atteint un volume de 16 637 828 tonnes de marchandises manutentionnées, soit une croissance d’environ 14,4 %. Cette performance résulte d’investissements ciblés dans l’amélioration des systèmes de gestion portuaire, dans l’introduction de technologies de traçabilité des cargaisons, ainsi que dans l’optimisation des créneaux d’accostage. Nous avons également instauré de nouveaux protocoles de coordination avec les autorités douanières et les opérateurs logistiques, ce qui a permis de réduire les temps d’escale des navires au port.
DÉFIS ET RÉSILIENCE DES PROJETS RÉALISÉS
Quels ont été les principaux défis rencontrés dans la gestion d’un volume de plus de 1 100 navires reçus en 2024 (+2 % par rapport à 2023) ?
La gestion d’un volume aussi significatif de navires, dans un laps de temps réduit, met sous pression l’ensemble des segments de l’opération portuaire depuis la planification des accostages jusqu’à la coordination avec les terminaux et les services de dédouanement. L’un des principaux défis a été de garantir la synchronisation entre les différents acteurs impliqués, surtout dans un contexte où la chaîne logistique internationale demeure fragilisée par des événements macroéconomiques et géopolitiques. Notre réponse s’est traduite par l’adoption de solutions numériques, le renforcement des capacités de prévision et l’amélioration de la communication interinstitutionnelle.
Y a-t-il eu des moments où vous avez dû prendre des décisions stratégiques rapides pour préserver la fluidité des opérations portuaires ?
Sans aucun doute. La fluidité des opérations dépend très souvent de décisions prises en temps réel. Nous avons connu des situations, notamment liées à des retards de navires ou à des pics d’importation de marchandises sensibles, qui ont nécessité une reprogrammation urgente des créneaux d’accostage ou l’ouverture de corridors logistiques exceptionnels. Dans ces circonstances, le leadership doit être ferme mais aussi flexible, et doit toujours avoir pour priorité l’efficacité du port et la confiance de ses utilisateurs.
Comment avez-vous réussi à maintenir la résilience du Port face aux contingences économiques, logistiques ou réglementaires ?
La résilience se construit à travers la planification, mais également par la capacité d’adaptation. Nous avons investi dans la diversification des services, l’automatisation des processus et le renforcement des compétences de nos cadres.
Des équipes multidisciplinaires d’intervention rapide ont été mises en place pour faire face à des scénarios de rupture, et nous avons établi des partenariats stratégiques avec des institutions publiques et privées, ce qui nous a permis d’anticiper et d’atténuer les risques. La stabilité du Port de Luanda résulte d’une culture de gestion orientée vers les résultats, avec une forte conscience de son rôle public et stratégique.
Quelles qualités considérez-vous essentielles pour diriger une plateforme qui manipule plus de 16 millions de tonnes de marchandises par an et qui mobilise des milliers d’emplois directs et indirects ?
Diriger une structure de cette envergure exige une vision stratégique, mais aussi une grande capacité de gestion opérationnelle. Il faut savoir écouter, décider sur la base de données, et maintenir un haut niveau d’exigence quant aux résultats. L’éthique, la transparence et le respect des collaborateurs sont également fondamentaux. Pour ma part, je valorise la discipline, la proximité avec les équipes et une gestion orientée vers des objectifs concrets. Le port fonctionne comme un organisme vivant, où chaque rouage compte.
Quel héritage souhaitez-vous laisser à la fin de votre mandat, en termes de modernisation, de durabilité et d’impact social du Port de Luanda ?
Je voudrais être reconnu comme quelqu’un qui a contribué à la transformation du Port de Luanda en une infrastructure moderne, efficace et ayant un impact réel sur la vie économique et sociale du pays. Notre engagement en faveur de la numérisation, de la formation des cadres nationaux et de l’intégration du port avec l’arrière-pays vise à créer un héritage de durabilité et d’inclusion. Nous voulons un port plus vert, plus équitable et plus compétitif, au service de l’Angola et des Angolais. Je voudrais être reconnu comme quelqu’un qui a contribué à la transformation du Port de Luanda en une infrastructure moderne, efficace et ayant un impact réel sur la vie économique et sociale du pays. Notre engagement en faveur de la numérisation, de la formation des cadres nationaux et de l’intégration du port avec l’arrière-pays vise à créer un héritage de durabilité et d’inclusion. Nous voulons un port plus vert, plus équitable et plus compétitif, au service de l’Angola et des Angolais.
Quel conseil donneriez-vous à la nouvelle génération de professionnels portuaires africains, appelée à gérer des ports de plus en plus numérisés et intégrés dans les chaînes logistiques mondiales ?
Je dirais que la formation continue est indispensable.
Le secteur portuaire traverse une profonde transformation technologique, et ceux qui ne suivent pas cette évolution resteront à la traîne. Mais il est également important d’avoir un engagement envers l’intérêt public, un sens des responsabilités et une capacité à travailler en équipe. La nouvelle génération doit assumer le leadership avec courage, compétence et esprit d’innovation — car la force des ports africains dépendra de la qualité de leurs cadres.
VISION D’AVENIR ET AMBITIONS
Le port de Luanda a récemment célébré ses 80 ans d’existence : quelle est votre vision pour les cinq voire les dix prochaines années ?
Notre vision est claire : transformer le Port de Luanda en un hub logistique de référence dans la région de l’Afrique Australe et Centrale. Nous voulons un port plus technologique, plus durable, mieux intégré aux systèmes ferroviaires et routiers, avec une capacité accrue à répondre aux exigences du commerce international. Nous misons également sur la reconversion des zones adjacentes au port en espaces logistiques et industriels, afin de favoriser le développement économique régional et de réduire les coûts opérationnels pour nos clients.
Quelles sont les priorités pour renforcer la compétitivité régionale et internationale du port dans un contexte de concurrence croissante (notamment avec Lomé, Tema ou Abidjan) ?
La compétitivité sera assurée par l’efficacité opérationnelle, la prévisibilité des délais et la qualité des services offerts. Nous investissons dans la numérisation complète de la gestion portuaire, l’amélioration de la transparence des processus et la simplification des interactions avec les opérateurs et agents économiques. L’attraction de lignes régulières de transport maritime et le renforcement de la connectivité ferroviaire avec l’intérieur du pays seront également déterminants pour consolider notre position face aux ports concurrents.

Comment voyez-vous le rôle du Port de Luanda dans la transformation logistique et industrielle de l’Angola, sachant que le port représente environ 80 % des échanges commerciaux du pays ?
Le Port de Luanda est effectivement un acteur central de la logistique nationale. Mais nous voulons qu’il soit plus que cela, un catalyseur du processus d’industrialisation du pays. En facilitant l’écoulement des matières premières et des produits transformés, en réduisant les coûts logistiques et en créant des zones économiques adjacentes, nous contribuons directement à la diversification de l’économie angolaise. Le port peut et doit être un moteur de développement, et c’est dans cette direction que nous travaillons.
Propos recueillis par : Franck BAYE