
ALBANE DEAU
VICE-PRÉSIDENTE ASSOCIÉE, AFRIQUE
Spécialiste du financement des inPastructures et des partenariats public privé (PPP), Albane DEAU accompagne depuis plus de 15 ans autorités publiques et investisseurs dans des secteurs stratégiques : transport, énergie, eau et infrastructures sociales. Ancienne de l’Agence française de développement en Mauritanie et diplômée de Sciences Po Lyon, elle allie rigueur stratégique et vision internationale pour structurer des projets durables et performants.
a gestion des relations ville-port doit apporter des solutions à la congestion chronique que subit la plupart des établissements du Golfe de Guinée.
Selon vos expertises, quelles sont les principaux leviers à activer par les autorités ?
La congestion chronique des ports du Golfe de Guinée exige une approche multidimensionnelle. Premier levier : adapter en continu le développement portuaire à l’expansion urbaine, via un dialogue permanent entre autorités portuaires, douanes, ministères, collectivités et opérateurs privés.
Deuxième levier : valoriser l’innovation privée numérisation des procédures, chargement par barges, systèmes d’appel des camions accompagnée de cadres réglementaires équitables pour garantir une mise en œuvre transparente.
Enfin, les projets d’infrastructures doivent viser une solution durable à la congestion, sans alourdir les coûts logistiques des opérateurs. En somme, aucune solution unique : c’est la combinaison de technologies, de régulation, d’investissements ciblés et de concertation public-privé qui permettra de fluidifier durablement les interfaces ville-port.
On parle d’industrialisation portuaire en Afrique subsaharienne. Quelles sont les outils à disposition pour transformer profondément la structure économique des importations et des exportations ?
Les gouvernements d’Afrique subsaharienne inversent la tendance d’une balance commerciale déséquilibrée en favorisant l’implantation d’industries de transformation à proximité des ports. L’exemple d’Abidjan illustre cette dynamique : cimenteries connectées au port minéralier, raffinerie adjacente au terminal pétrolier, minoterie au quai céréalier… Cette proximité renforce l’efficacité opérationnelle tout en ajoutant de la valeur aux exportations. Cependant, dans un contexte d’urbanisation croissante, cette co-localisation peut aggraver la congestion. La solution réside dans une stratégie duale : conserver les industries historiques intégrées au port tout en implantant les nouvelles zones industrielles le long des corridors logistiques (PK24 à Abidjan, plateforme d’Adetikopé à Lomé), facilitant ainsi les flux sans saturer les interfaces portuaires.
Enfin, les ports secs constituent un atout majeur, notamment pour les pays enclavés : ils permettent de développer des industries de transformation (agropoles, agrobusiness) le long des axes routiers et ferroviaires, comme en RDC. En somme, l’industrialisation portuaire repose sur trois piliers
: la proximité stratégique, la décongestion par les corridors et la multiplication des plateformes logistiques intérieures.
La neutralité carbone est-elle atteignable pour les ports subsahariens dans les prochaines années ?
Tout dépend quel horizon temporel nous ciblons d’une part, et d’autre part comment la neutralité est calculée. Je crois que les opérateurs portuaires privés sont déjà dans cette démarche, qui doit être favorisée par le public. En d’autres termes, les objectifs doivent être définis tant que le bénéfice à la clé est clair et atteignable. Les métiers de logistique portuaire continuent de se «féminiser». Forte de votre expérience, quel regard portez-vous sur cette évolution ?
Si le secteur portuaire reste historiquement masculin, il s’ouvre progressivement aux femmes, accompagnée par une communication plus inclusive. Fort de son expérience, l’experte témoigne n’avoir jamais été écartée en raison de son genre et avoir collaboré avec des femmes et des hommes occupant des postes à responsabilité. Son regard est clair : la logistique portuaire a besoin de profils variés, sans distinction de genre. Elle encourage les femmes à investir ce secteur porteur d’opportunités, où les compétences priment sur les a priori. Loin des clichés, la diversité devient un atout pour relever les défis logistiques de demain.