Abou Dabi | AD Ports en Afrique : des infrastructures portuaires comme vecteur d’influence stratégique

Actualités02/19/2026

Depuis 2022, AD Ports Group accélère son implantation sur le continent africain, déployant une stratégie d’expansion ciblée et géographiquement diversifiée. Du Congo à la Tanzanie, en passant par l’Égypte et l’Angola, ces investissements renforcent la présence d’Abou Dabi dans un secteur clé pour l’intégration économique africaine tout en soutenant la diversification internationale des Émirats arabes unis.

Pendant longtemps, la vitrine portuaire émiratie en Afrique était dominée par DP World, acteur majeur des concessions portuaires et des zones économiques spéciales. Désormais, Abou Dabi affirme sa propre stratégie à travers AD Ports, dont la montée en puissance traduit à la fois des ambitions diplomatiques et une volonté d’accompagner les besoins africains en infrastructures structurantes.

Des investissements ciblés aux points névralgiques

En Afrique centrale, AD Ports a conclu en 2023 un accord de concession de trente ans avec les autorités congolaises pour développer et exploiter le terminal polyvalent New East Mole à Pointe-Noire. Le projet, évalué à 500 millions de dollars – dont 220 millions engagés dès la première phase – est mené en partenariat avec CMA CGM. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie du Congo visant à réduire sa dépendance aux hydrocarbures en renforçant ses infrastructures logistiques.

En Afrique de l’Est, le groupe émirati a franchi une étape majeure en 2024 en acquérant 95 % de Tanzania International Container Terminal Services (TICTS), opérateur du terminal 2 du port de Dar es Salaam, en partenariat avec le groupe indien Adani Group. Cette plateforme concentre plus de 80 % du trafic conteneurisé tanzanien et constitue un point d’accès stratégique pour les pays enclavés tels que le Burundi, la République démocratique du Congo et la Zambie.

En Afrique du Nord, AD Ports a signé un accord de 50 ans avec l’Autorité de la zone économique du canal de Suez, consolidant ainsi sa présence en Égypte, notamment autour d’Al Sokhna, Safaga et Charm el-Cheikh.

Plus récemment, en août 2025, le groupe a annoncé un investissement initial de 250 millions de dollars pour moderniser le port de Luanda, en Angola, un montant susceptible d’atteindre 380 millions sur la durée de la concession. Ce port, qui concentre plus des trois quarts du trafic national, occupe une position stratégique en Afrique australe.

Pris ensemble, ces projets dessinent une cartographie cohérente de hubs portuaires connectés aux grands corridors commerciaux africains, révélant une stratégie d’implantation pensée sur le long terme.

Le port, outil d’influence géopolitique

L’expansion d’AD Ports intervient dans un contexte de compétition internationale accrue sur le continent africain. La Chine est déjà présente dans des dizaines de ports africains et demeure un partenaire commercial dominant. L’Inde renforce également son empreinte, avec des investissements cumulés de plusieurs dizaines de milliards de dollars et un commerce bilatéral en forte croissance. Le Japon, via la TICAD, et Singapour privilégient désormais des approches axées sur les corridors logistiques et les financements privés.

Dans ce paysage concurrentiel, Abou Dabi mise sur une approche combinant infrastructures, partenariats stratégiques et intégration aux flux mondiaux. AD Ports ne se limite pas à la construction ou à l’exploitation de terminaux : il propose des plateformes logistiques capables d’insérer les économies africaines dans les grandes chaînes d’approvisionnement internationales.

Un levier pour l’intégration économique africaine

Pour les États africains, ces investissements représentent une réponse tangible au déficit chronique d’infrastructures portuaires et logistiques. Ils soutiennent les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont l’objectif est de stimuler les échanges intra-africains et de réduire des coûts logistiques parmi les plus élevés au monde.

La présence émiratie contribue également à diversifier les partenaires stratégiques du continent, limitant une dépendance excessive envers un seul acteur international. Au-delà des infrastructures, les projets d’AD Ports ouvrent des perspectives dans les services logistiques, les zones industrielles et les chaînes de valeur régionales.

Pour les pays côtiers comme pour les États enclavés reliés à ces corridors, il s’agit d’une opportunité d’intégration accrue dans l’économie mondiale. Le maillage portuaire développé par Abou Dabi apparaît ainsi moins comme une succession d’investissements isolés que comme une stratégie structurée d’influence géoéconomique.

Reste désormais aux économies africaines à transformer ces infrastructures en moteurs de croissance durable et en catalyseurs d’intégration régionale.

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