
Certaines trajectoires révèlent que la performance portuaire ne repose pas uniquement sur les quais, les grues ou les terminaux, mais d’abord et surtout sur la qualité de la gouvernance humaine. Le parcours de Mme ATANGANA Marie-Noëlle Epouse MINYA s’inscrit pleinement dans cette vision. Juriste de haut niveau, experte des partenariats publics-privés et stratège de la gestion des ressources humaines, elle incarne une génération de dirigeantes africaines qui placent le capital humain au cœur de la modernisation des ports.
Aujourd’hui, Directeur des Ressources Humaines du Groupe Port Autonome de Douala, hub maritime majeur concentrant l’essentiel du trafic maritime camerounais et des pays voisins sans accès à la mer, elle pilote une fonction-clé dans un environnement marqué par de profondes transformations structurelles, infrastructurelles, organisationnelles, institutionnelles et opérationnelles. À ce poste, elle assume la responsabilité de la gestion directe d’un effectif d’environ 1 300 personnels (PAD) et de la coordination/supervision d’un effectif d’environ 1400 personnels au sein des Filiales et des Succursales du Groupe PAD, avec à la clé une exigence constante : aligner performance RH, gains économiques, rigueur juridique et valorisation des talents.
Du droit à la gouvernance humaine : comprendre les règles pour structurer l’action des Hommes
Le socle de son leadership repose sur une formation académique solide et cohérente. Titulaire de deux Maîtrises en Droit Public et en Droit Privé ainsi que de deux (02) Masters dont l’un en Droits de l’Homme et Action humanitaire (Université Catholique d’Afrique Centrale) et l’autre en Transports Internationaux – option droit des transports (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Université de Douala), Mme MINYA a très tôt développé une lecture systémique des enjeux portuaires.
Cette expertise juridique l’a conduite à occuper des fonctions stratégiques au Conseil National des Chargeurs du Cameroun, notamment à la fonction de Sous-Directeur de l’Assistance aux chargeurs, des Affaires Juridiques et du Contentieux, puis au Port Autonome de Douala, où elle s’est imposée comme une référence en matière d’ingénierie contractuelle, de maturation des concessions portuaires et de gouvernance des partenariats.
Son implication déterminante dans les grands projets de concessions et de projets structurants majeurs conduits par le PAD, notamment au Terminal à conteneurs du Port de Douala-Bonabéri, marque un tournant décisif : elle comprend que la réussite des réformes structurelles passe aussi bien par des textes que par des femmes et des hommes chargés de les mettre en œuvre.
Phrase forte : « La performance durable commence lorsque les règles servent l’humain et que l’humain donne sens aux règles. »
Bâtir une fonction RH stratégique au cœur du port
Nommée successivement Directeur de l’Administration et des Ressources Humaines de la Régie du Terminal à Conteneurs, puis Directeur des Ressources Humaines Adjoint, avant d’accéder en décembre 2025 à la tête de la fonction RH du Port Autonome de Douala, devant ainsi la plus jeune DRH d’Entreprise Publique à ce poste dans ce secteur actuellement. Mme Minya inscrit son action dans la réforme et la structuration.
Elle engage et conduit des chantiers majeurs : assainissement du fichier du personnel, normalisation des procédures administratives et de paie, modernisation des outils RH, et lancement d’un projet de centre de formation professionnelle portuaire, pensé comme un levier de montée en compétences et d’anticipation des métiers de demain.
Dans un secteur portuaire confronté à la digitalisation, à l’automatisation et à la concurrence régionale, sa vision est claire : aucune infrastructure ne surpasse une équipe formée, structurée et engagée.
Leadership féminin et transmission
Au-delà de ses fonctions institutionnelles, Mme MINYA est une actrice engagée du leadership féminin maritime africain. Précédemment Secrétaire Générale de l’Organisation Continentale Women in Maritime in Africa (WIMAFRICA) (2021-2025), elle est actuellement Présidente du Comité Juridique et Représentante de la section Cameroun (WIMACAMEROON) au sein de WIMAFRICA. Elle est également médiatrice auprès du Centre Permanent d’Arbitrage et de Médiation du CADEV et œuvre pour une meilleure représentation des femmes dans les sphères de décision portuaires et maritimes.
Son leadership se distingue par une posture de rigueur, de constance et de transmission, dans un secteur où la légitimité se construit sur la durée et par les résultats, pour inspirer les jeunes générations.
Phrase forte : « Diriger, c’est structurer aujourd’hui, tout en préparant les compétences de demain. »
Une leçon pour les leaders de demain
À travers son parcours, Mme MINYA rappelle que l’avenir des ports africains dépendra aussi bien de la qualité de leurs infrastructures que de la gouvernance de leurs talents. Son itinéraire démontre qu’une expertise juridique maîtrisée, alliée à une vision stratégique des ressources humaines, peut devenir un puissant moteur de transformation institutionnelle.
Africa Harbors est honoré de mettre en lumière, ce leadership discret mais structurant, au service de ports africains plus performants, inclusifs et durables.

Comment votre formation juridique et votre parcours dans le secteur portuaire ont-ils façonné votre vision du leadership et de la gestion stratégique des ressources humaines ?
Ma formation juridique m’a appris une chose essentielle : aucune organisation ne peut être performante sans cadre clair, équitable et structurant. Le droit m’a donné la rigueur de l’analyse, le sens de l’équilibre et la compréhension des mécanismes institutionnels qui gouvernent les ports.
Lorsque j’ai travaillé sur les concessions portuaires et les partenariats stratégiques, j’ai compris que derrière chaque contrat, chaque réforme, il y avait des femmes et des hommes chargés de les mettre en œuvre. C’est à ce moment que ma vision s’est élargie : la gouvernance ne peut être uniquement normative, elle doit être humaine.
Aujourd’hui, à la tête des Ressources Humaines du Port Autonome de Douala, je considère que le leadership consiste à créer un environnement où les règles sécurisent l’action et où les talents donnent du sens aux règles. La performance durable commence lorsque l’humain devient la finalité de la stratégie.
C’est cet état d’esprit que nous a inculqué Monsieur le Directeur Général du PAD, qui a cru en nos compétences pour nous faire confiance et proposer notre promotion au Conseil d’Administration du PAD. Il s’agit pour nous dans le cadre de notre mandat de concrétiser les attentes qu’ils ont placées en nous.
Quelles expériences-clés et quels défis majeurs ont marqué votre ascension vers la Direction des Ressources Humaines du Groupe Port Autonome de Douala ?
Mon parcours a été marqué par des responsabilités exigeantes, notamment dans la gestion des projets de concessions portuaires et dans l’accompagnement des transformations organisationnelles du Port Autonome de Douala.
L’un des défis majeurs a été d’accompagner des réformes structurelles dans un environnement en mutation, avec des enjeux économiques, juridiques et sociaux importants. La gestion des ressources Humaines du Terminal à conteneurs a été une expérience déterminante : elle m’a permis de mesurer l’impact stratégique d’une fonction RH structurée dans un contexte opérationnel intense.
Prendre la Direction des Ressources Humaines du Groupe PAD, et devoir assurer la coordination et la supervision d’un effectif de plus de 2 700 personnels, implique d’assurer l’équilibre entre modernisation, équité interne, performance collective et stabilité sociale. Les chantiers d’assainissement du fichier du personnel, de normalisation des procédures et de modernisation des outils RH ont constitué des étapes décisives pour structurer durablement la fonction.
Quelles sont aujourd’hui vos priorités et perspectives pour préparer les talents et les compétences face aux mutations des ports africains ?
Les ports africains vivent une transformation profonde, notamment celui que je connais le mieux, le Port de Douala-Bonabéri : digitalisation, automatisation, exigences accrues de compétitivité et de conformité internationale. Face à ces mutations, ma conviction est simple : aucune infrastructure ne surpasse une équipe compétente et engagée.
Nos priorités s’articulent autour de trois axes majeurs :
• La structuration et la fiabilisation des processus RH
• La montée en compétences à travers la formation continue
• L’anticipation des métiers portuaires de demain
• La perennisation des performances atteintes par la qualité de la gestion des ressources humaines.
Le projet de centre de formation professionnelle portuaire que porte Monsieur le Directeur Général du PAD s’inscrit précisément dans cette vision. Il s’agit de préparer les compétences futures, de renforcer l’expertise locale et de positionner le capital humain comme levier stratégique de compétitivité régionale.
Diriger aujourd’hui, c’est structurer le présent tout en investissant dans l’avenir.

En ce mois de mars dédié aux droits des femmes, quel message souhaitez-vous adresser aux femmes et aux jeunes filles qui aspirent à une carrière dans les secteurs portuaire, maritime et logistique ?
Je voudrais leur dire que les secteurs portuaire et maritime ne sont pas réservés à un genre. Ce sont des univers d’exigence, de compétence et de mérite.
Mon parcours m’a appris que la légitimité se construit par la rigueur, la constance et les résultats. Les jeunes femmes doivent oser les filières techniques, juridiques, logistiques, managériales. Elles doivent se former, s’affirmer et ne pas s’auto-limiter.
Le leadership féminin dans le maritime africain est en pleine émergence. À travers mon engagement au sein de WIMAFRICA, je constate chaque jour que les femmes apportent une valeur stratégique, une vision inclusive et une capacité de transformation remarquable.
Je leur dirais simplement : préparez-vous, persévérez, et prenez votre place. Les ports africains de demain auront besoin de votre expertise, de votre intelligence et de votre engagement.