
PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL DE – PONT-BRIDGE – CANADA INITIATEUR DU 1ER FORUM D’AFFAIRES CANADA-AFRIQUE SUR L’INDUSTRIE PORTUAIRE ET L’ÉCONOMIE
Propos recueillis par : Dr. Yann ALIX
Pourquoi organiser un premier forum d’affaires Canada–Afrique sur l’industrie portuaire et l’économie bleue ?
Depuis près de trois ans, nous travaillons à bâtir une plateforme unique, conçue pour réunir l’ensemble des acteurs de la chaîne portuaire et logistique.
administrations portuaires, armateurs, importateurs, exportateurs, logisticiens, investisseurs et décideurs publics. Ce forum est un rendez-vous hautement spécialisé et stratégique, centré sur l’économie bleue et sur toutes les dimensions de l’écosystème maritime. Il se veut un catalyseur où les bonnes connexions se créent, où les expertises se complètent et où de nouveaux corridors économiques voient le jour entre le Canada et l’Afrique.
Le moment est particulièrement propice. Le Canada, encore trop dépendant du marché américain et fragilisé par les tensions tarifaires, doit diversifier ses débouchés et sécuriser de nouvelles chaînes d’approvisionnement. Or, l’Afrique à seulement sept jours de navigation représente un marché de 1,4 milliard de consommateurs, porté par une croissance économique exceptionnelle et une classe moyenne en plein essor. Dix des vingt économies les plus dynamiques au monde sont africaines, et les projets portuaires et maritimes en cours attirent déjà le G7 et la Chine. C’est une évidence : le Canada doit se renforcer sur cet espace géoéconomique majeur.
À cela s’ajoute un alignement politique inédit : le gouvernement fédéral a lancé sa première stratégie Canada–Afrique, tandis que des provinces comme le Nouveau-Brunswick ont déjà pris les devants avec une stratégie tournée vers l’Afrique francophone. Et n’oublions pas la diaspora africaine au Canada, forte de 5 % de la population, qui constitue un pont naturel entre nos deux continents.
Participer à ce forum, c’est : identifier de nouveaux partenaires, accéder à des marchés en croissance, découvrir des solutions technologiques de pointe, et dialoguer directement avec les décideurs qui façonnent les échanges Canada–Afrique.
Quels sont les potentiels de l’économie bleue pour renforcer les liens Canada–Afrique ?
C’est une très bonne question. En réalité, commençons par rappeler les particularités géographiques des deux régions. Le Canada est le seul pays au monde bordé par trois océans : l’Atlantique à l’est, le Pacifique à l’ouest et l’Arctique au nord. L’Afrique, de son côté, est un immense continent entouré par la Méditerranée au nord, l’océan Indien à l’est et l’océan Atlantique à l’ouest. Ces simples faits géographiques montrent déjà l’extraordinaire potentiel de collaboration. Rappelons également qu’entre les deux continents, seul l’Atlantique nous sépare, avec des distances maritimes favorables au développement de relations commerciales. Un autre potentiel réside dans la pêche. La pêche et les produits halieutiques doivent être positionnés comme un secteur essentiel pour les économies et les sociétés de nos deux régions. Leur valorisation peut nourrir des échanges structurants en croisant marchés et expertises de part et d’autre de l’Atlantique. Il faut rappeler ici l’importance des services et technologies océaniques canadiennes. Le Canada dispose d’un savoir-faire de pointe en technologies maritimes qui permet une exploitation durable, prédictive et harmonieuse des ressources océaniques. Ces innovations représentent un immense champ de coopération avec l’Afrique.

Qui sont les acteurs primordiaux des futures relations commerciales et stratégiques Canada–Afrique ?
Au premier rang figurent les gouvernements nationaux, garants du cadre politique, diplomatique et réglementaire. À leurs côtés, les gouvernements provinciaux, comme celui du Nouveau-Brunswick, jouent un rôle moteur : véritables catalyseurs, ils portent et promeuvent des initiatives fédératrices sur le long terme.
Les autorités portuaires et tout leur écosystème d’affaires – logisticiens, armateurs, transitaires, assureurs, investisseurs, institutions financières – représentent un pilier incontournable. Leur intérêt commun: faciliter et accroître les flux commerciaux entre les deux continents. Notre entente avec l’AGPAOC (Association de Gestion des Ports de l’Afrique de l’Ouest et du Centre) constitue ici un relais direct et stratégique pour promouvoir et renforcer cette coopération portuaire et logistique.
Dans cette architecture, les administrations douanières et organismes de régulation sont décisifs. Ils assurent à la fois la fluidité, la conformité et la sécurité des échanges transfrontaliers. C’est dans ce cadre que notre collaboration avec l’AIDF (Association internationale des Douaniers francophones) prend toute son importance, en favorisant la modernisation des procédures, la digitalisation des opérations et le déploiement de pratiques communes de facilitation du commerce. À ces acteurs s’ajoute le secteur privé, qui trouvera dans ces dynamiques un terrain propice au développement de partenariats public-privé (PPP) générateurs d’opportunités concrètes dans le commerce, les infrastructures et l’innovation. Enfin, la société civile canadienne et africaine, composée de consommateurs et consommatrices, devient la véritable bénéficiaire de cette relation. En s’appuyant sur des circuits renforcés et fiables, elle trouve de nouveaux moyens de consommer plus, mieux et de façon durable, contribuant à donner tout son sens à cette coopération structurante.
Quels sont les principaux secteurs d’innovation dans le contexte CANADA/AFRIQUE ?
Le Forum Canada–Afrique sur l’industrie portuaire et l’économie bleue met en évidence comment l’énergie verte, la digitalisation des ports, l’innovation environnementale, les biotechnologies marines et la formation des talents peuvent transformer vos activités et créer de nouvelles opportunités concrètes entre les deux continents. Le Forum Canada–Afrique sur l’industrie portuaire et l’économie bleue met en évidence comment l’énergie verte, la digitalisation des ports, l’innovation environnementale, les biotechnologies marines et la formation des talents peuvent transformer vos activités et créer de nouvelles opportunités concrètes entre les deux continents. Énergies vertes et transition décarbonée Les ports deviennent des hubs énergétiques stratégiques. Canada et Afrique peuvent collaborer pour électrifier les quais, déployer l’hydrogène vert et les biocarburants pour les navires, et exploiter les énergies marines renouvelables comme l’éolien offshore ou la marémotrice. Ces initiatives permettent de réduire l’empreinte carbone des activités portuaires tout en accompagnant la transition énergétique mondiale. Transformation numérique et logistique intelligente La digitalisation des ports et des chaînes logistiques ouvre de nouvelles opportunités : port community systems pour fluidifier les opérations, traçabilité numérique des cargaisons, et utilisation de l’intelligence artificielle et de l’IoT pour optimiser la gestion des flux. La coopération avec l’AIDF permet d’intégrer les administrations douanières dans cette transformation, garantissant des procédures rapides, transparentes et sécurisées. Innovation environnementale et économie circulaire Les ports jouent un rôle central pour faire plus et mieux avec moins. La gestion des déchets, le développement d’écosystèmes circulaires, et la protection de la biodiversité côtière renforcent la durabilité des infrastructures portuaires. L’AGPAOC, en réunissant les ports d’Afrique de l’Ouest et du Centre, constitue un levier stratégique pour diffuser et adapter ces bonnes pratiques au contexte africain.
Santé et biotechnologies marines Les océans offrent un potentiel considérable pour la santé et les biotechnologies. La coopération Canada–Afrique peut stimuler la recherche pharmaceutique sur les molécules marines, le développement de biomatériaux issus d’algues et l’innovation contre les maladies émergentes. Les écosystèmes portuaires deviennent ainsi des plateformes de R&D et de transfert de technologies dans la bioéconomie bleue, favorisant un lien direct entre commerce maritime et innovation scientifique. Éducation et renforcement des compétences Le développement durable des ports et de l’économie bleue reposent également sur la formation et le transfert de compétences.. Des programmes conjoints Canada–Afrique peuvent former des logisticiens, des techniciens portuaires, des experts en énergie et en technologies marines, tout en diffusant les meilleures pratiques en matière de gestion portuaire et de développement économique durable. L’éducation constitue un levier pour bâtir des innovations qui se traduisent en bénéfices concrets et durables pour les deux continents.