FLORENTINE GUIHARD-KOIDIO : L’expérience au service de l’autonomisation des femmes africaines

ANCIENNE PRÉSIDENTE (COORDONNATRICE GÉNÉRALE) DU RÉSEAU DES FEMMES DES PORTS DE L’AGPAOC (RFPMP-AOC).

Pionnière engagée et figure incontournable du secteur portuaire africain, Florentine Guihard-Koidio incarne une trajectoire exceptionnelle au croisement de la technologie, de la gouvernance maritime et de la promotion des femmes. De l’informatique portuaire à la tête d’un réseau panafricain dédié à l’égalité professionnelle, son parcours illustre une vie consacrée à transformer le monde maritime en espace d’opportunités pour les femmes.

Propos recueillis par : A. KOUASSI Junior

Ingénieur informaticienne de formation, Florentine Guihard-Koidio a consacré toute sa carrière au Port Autonome d’Abidjan, où elle a occupé des postes clés en relation client, qualité et système d’information. Experte formatrice pour la CNUCED (programme TrainForTrade), elle accompagne la digitalisation portuaire en Afrique de l’Ouest et du Centre. Engagée au sein de l’AGPAOC depuis 2000, elle a présidé le comité Exploitation, Sécurité et Environnement (2009–2012) et a cofondé en 2007 le Réseau des Femmes Professionnelles du secteur Maritime et Portuaire d’Afrique de l’Ouest et du Centre (RFPMP- AOC). À sa tête de 2017 à 2024, elle a œuvré pour la visibilité, la reconnaissance et le renforcement des capacités des femmes dans le secteur. Sous son leadership, le réseau a reçu en 2021 le prix de la «Meilleure institution ONG dans le domaine Genre et Développement» décerné par le gouvernement de Gran Canaria. Elle a été honorée en 2023 du prix de la «Meilleure femme ayant contribué à la promotion de la femme maritime et portuaire en Afrique de l’Ouest et du Centre» lors des Africains Ports Awards à Lagos.

Quels sont les principaux acquis de votre mandat à la tête du RFPMP-AOC ?

j’ai eu la fierté de voir notre réseau gagner en reconnaissance, en visibilité et en impact. Notre objectif principal renforcer les capacités des femmes pour qu’elles accèdent aux postes de décision dans le secteur maritime et portuaire a guidé chacune de nos actions. Nous avons obtenu le statut de comité technique au sein de l’AGPAOC, ce qui nous permet de participer activement à ses instances. Depuis 2019, nous organisons des séminaires tournants financés par les ports membres, formant en moyenne 100 femmes à chaque édition. En 2023, six d’entre nous, dont moi-même, avons été honorées par les Africains Ports Awards, une belle reconnaissance de notre engagement.

J’ai aussi tenu à renouer avec l’Organisation Maritime Internationale (OMI), partenaire fondateur en 2007 mais avec qui les liens s’étaient distendus. Depuis 2017, nous avons participé à plusieurs de leurs événements, notamment à Malmo, Londres et São Tomé. En 2021, le réseau a reçu le prix de la meilleure ONG dans le domaine «Genre et Développement» décerné par la fondation du port de Las Palmas une fierté immense. L’année suivante, j’ai eu la joie de réunir les pionnières du réseau pour célébrer notre parcours commun. Grâce à de nouveaux partenariats notamment avec le centre Kofi Annan (KAIPTC) et le Projet EnMar (Expertise France), nous avons offert des bourses, lancé une campagne de valorisation des femmes du secteur, sensibilisé des lycéennes et étudiantes en Afrique, et obtenu un voyage d’étude à Rotterdam et Amsterdam, qui sera mis en œuvre par la nouvelle équipe. Enfin, je me réjouis de voir plusieurs de nos membres accéder à des fonctions stratégiques : ministres au Bénin et au Gabon, directrice générale à Conakry, gouverneure en Guinée-Bissau… Cela prouve que le plafond de verre peut être brisé. Mais beaucoup reste à faire : notre ambition, c’est d’atteindre la parité dans les postes de décision d’ici 2035.

Quel héritage souhaitez-vous laisser au sein du réseau ?

Je souhaite avoir contribué à installer une culture de solidarité, de confiance en soi et de professionnalisme parmi les femmes maritimes et portuaires africaines. Aujourd’hui, elles s’expriment sans complexe, se soutiennent mutuellement et occupent progressivement des rôles clés. Mon héritage, c’est cette flamme collective que nous avons allumée ensemble et qui doit continuer à brûler, car comme nous le disons : «Ensemble, nous sommes plus fortes».

Quel message adressez-vous aux jeunes femmes qui envisagent une carrière maritime ?

Depuis ma retraite du Port Autonome d’Abidjan, je reste pleinement engagée : avec 34 ans d’expérience dans le secteur portuaire et le genre, je participe à des projets liés à l’économie bleue, au climat, à la gouvernance maritime et à l’autonomisation des femmes. Je suis notamment impliquée dans la campagne WAO (Women Action for Ocean), avec laquelle nous avons réalisé un documentaire sur la protection des océans, présenté à Nice en juin 2025, et nous travaillons actuellement à un Pacte pour une Afrique bleue durable. Aux jeunes femmes qui rêvent d’une carrière maritime, je dis ceci : aujourd’hui, elles ne représentent que 1 à 2 % des effectifs dans ce secteur ce qui signifie qu’il y a énormément de places à prendre . La digitalisation a changé la donne : ce n’est plus la force physique qui compte, mais l’intelligence, la rigueur et la passion. Il faut oser, travailler dur, s’inspirer des pionnières… et surtout croire en soi. Mon message est simple : «Oui, la femme est capable de le faire.» Et transmettre cette conviction aux nouvelles générations, c’est ce qui continue de me motiver chaque jour.

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