MAMADOU BIRO DIALLO : l’ingénieur devenu stratège

DIRECTEUR GÉNÉRAL DU PORT AUTONOME DE CONAKRY

En quelques années, le Port Autonome de Conakry est passé du statut de goulot d’étranglement à celui de locomotive logistique de l’Afrique de l’Ouest. Sous l’impulsion de Mamadou Biro Diallo, son Directeur Général, le port a rompu avec les lenteurs du passé pour s’imposer comme le premier port à conteneurs de la région selon la Banque Mondiale. Grâce à une modernisation radicale, un fonctionnement 24h/24, une digitalisation sans compromis et une vision stratégique tournée vers l’avenir.

BIOGRAPHIE

Diplômé du Queen Mary’s de l’University of London en tant qu’Ingénieur d’Etat, sa spécialité consiste à la supervision des équipes de gestionnaires dans de multiples disciplines telles que les opérations minières, les travaux de génie civil et laconstruction communautaire, laconstruction et la modernisation de routes, les forages, l’aviation et les évaluations d’impact environnemental et social.
Cette brillante carrière débute en tant qu’ingénieur génie civil sur les projets de construction (Healthtroo T5, Wembley Stadium, Stansted Airport…) entre 2000 et 2007 chez Laing O‘Rourke après une autre expérience acquise dans la construction chez Laing Civil Engineering entre 1999 et 2000.
Fort de cette réputation de gestionnaire rigoureux dans les mines et carrières, M. Biro DIALLO se retrouve dans le groupe Rio Tinto en Grande Bretagne et en Australie. À London, en tant que Directeur de l’Infrastructure de la mine de RIO TINTO IRON ORE entre 2008 et 2009.

Ensuite, il a évolué dans les mines des RBM en Afrique du Sud, une mine d’Uranium en Namibie et la mine de Sel en Australie. Pendant cette période, M. Biro DIALLO a travaillé sur les phases de préfaisabilité et de faisabilité du projet Simandou, le plus grand gisement de fer dans le monde. Après avoir gravi tous les échelons en tant que Directeur des opérations en Guinée, il a été promu comme Directeur Pays SIMFER RIO TINTO en République de Guinée en 2019. Poste qu’il a occupé avant de bénéficier de la confiance du Président de la République de Guinée, S.E Colonel Mamadi Doumbouya, Chef de l’Etat pour assumer les fonctions de Directeur Général du Port Autonome de Conakry, le 14 Décembre 2021.Depuis cette date, M. Biro DIALLO s’est fixé comme objectifs de faire du Port de Conakry la principale plateforme logistique portuaire compétitive et attractive à travers le développement des infrastructures et équipements modernes. Des reformes organisationnelles et institutionnelles majeures ont été opérés sous sa direction et le port de Conakry consolide son classement de Premier Port performant de l’Afrique de l’Ouest, pour la deuxième année consécutive, à la suite du classement de la Banque Mondiale dans l’indice de performances des Ports conteneurs en 2022 et 2023.

INTERVIEW

Depuis votre arrivée, le Port Autonome de Conakry a enregistré une hausse de ses performances et figure parmi les premiers ports ouest-africains en productivité. Pouvez-vous dresser un bilan chiffré de cette évolution et des réformes majeures mises en place pour renforcer la compétitivité au port ?

Merci pour cette opportunité. Depuis que je suis à la tête du Port Autonome de Conakry, nous avons enregistré des avancées notables sur plusieurs plans liés à la performance. Cette réussite ne dépend pas d’une seule personne, mais d’une équipe entière qui a su travailler de manière collégiale. La première étape a été d’aligner l’équipe interne du port pour que chacun comprenne son rôle vis-à-vis des concessionnaires.Ensuite, nous avons revu les conventions, point par point, pour en assurer une application rigoureuse. Nous avons aussi collaboré étroitement avec les concessionnaires principaux, notamment Conakry Terminal et Alport, pour accélérer les investissements et concrétiser les engagements pris. Du côté de Conakry Terminal, nous avons réussi à ramener des investissements prévus sur trois ans, d’un montant d’environ 260 millions de dollars, pour la construction d’un nouveau quai, le remblayage de six hectares afin de créer un terre- plein, ainsi que l’installation de nouveaux équipements tels que des portiques et des grues RTG. Ces travaux sont déjà bien avancés. Chez Alport, les efforts portent sur la construction de nouveaux quais, le dragage, l’éclairage du port et la finalisation de la contournante. Cette dernière, désormais opérationnelle, peut accueillir jusqu’à 1 200 camions dans un parking moderne directement relié au port. Ces aménagements ont contribué à fluidifier le trafic et à réduire le temps d’attente des transporteurs. Nous avons aussi acquis d’autres équipements de parc à conteneurs où il fallait mettre des RTG et deux autres portiques pour décharger les bateaux. Donc, ça, c’est en cours et on les suit de près.

On est déjà un an dans cette activité et je crois que dans deux ans, on aura fini toutes ces dépenses-là et le port aura pleinement bénéficié de ces investissements à travers nos partenaires. Alors, si on fait le même exercice du côté d’Alport, Alport devait construire des quais, faire le dragage, éclairer le port et finir la contournante.Je dirais qu’une grande partie de ces activités sont faites. Nous avons terminé la contournante et le parking. Aujourd’hui, nous avons une capacité de 1 200 camions qui peuvent se garer. Nous avons réussi à mettre tous ces camions-là ou ces activités-là en marche pour finaliser la construction de ce parking, qui est aujourd’hui utilisé par le port, et la contournante qui relie justement ce parking au port lui-même et aux sorties. D’autres quais sont en construction présentement, d’autres sont déjà terminés. Nous avançons avec eux, nous les suivons de près, car ces activités sont quotidiennes et nécessitent un suivi permanent. Ils sont engagés, mais il faut l’autorité pour recadrer les choses, fixer les priorités et rediriger les activités pour que le résultat soit bien défini. Tout cet ensemble est collégial : chacun a joué son rôle. Nous nous retrouvons aujourd’hui dans la situation souhaitée : cela fait trois ans de suite que nous sommes classés premier port de l’Afrique de l’Ouest. Nous cherchons maintenant à nous maintenir à ce niveau.

La gestion d’un port qui concentre près de 90 % des échanges commerciaux de la Guinée n’est pas sans contraintes. Quels ont été les principaux défis logistiques, financiers, infrastructurels ou institutionnels auxquels vous avez été confronté, et quelles solutions avez-vous mises en œuvre pour y répondre ?

Les défis existent, bien sûr. Nous n’avons plus d’espace, car le port de Conakry est un port colonial, construit bien avant l’indépendance. La ville a grandi autour du port, avec des constructions de part et d’autre, si bien qu’il est aujourd’hui très difficile d’envisager une expansion. De plus, Conakry est une presqu’île, avec une seule entrée et une seule sortie : tout le monde passe par la même voie. Côté infrastructures, nous avons des difficultés pour assurer la fluidité des camions qui entrent et sortent du port. Ces problèmes relèvent en partie de nous, mais aussi d’autres acteurs, car nous ne construisons pas toutes les routes. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec les autres ministères pour exprimer ces besoins et voir comment accélérer les investissements afin que nos camions puissent circuler sans trop impacter les populations riveraines. Nos résultats, eux, sont concrets. Nos cadences de manutention ont beaucoup évolué. Nous arrivons aujourd’hui à traiter plus de 60 conteneurs à l’heure. Du côté conventionnel, les navires qui étaient déchargés en 15 à 17 jours le sont désormais en trois à quatre jours seulement. Ces progrès sont dus aux nouveaux équipements, notamment les grues sur terre-plein, qui augmentent la cadence de déchargement.

Vous avez lancé des chantiers majeurs, notamment la construction du nouveau quai Est de 400 mètres permettant d’accueillir sept navires simultanément, l’acquisition de grues modernes, ainsi que l’exploitation du port en continu 24h/24. Quels impacts concrets attendez-vous de ces projets sur le positionnement régional au port et sur l’économie guinéenne ?

L’acquisition de grues modernes et l’exploitation du port 24 heures sur 24 renforcent notre positionnement. Ces investissements visent à améliorer la cadence, car plus un navire est déchargé rapidement, plus le quai se libère pour un autre navire. La fluidité des opérations est primordiale dans la vie d’un port. Malgré ces avancées, certains obstacles persistent, notamment la coordination entre les acteurs et la question de la maintenance. Pour y faire face, nous avons mis en place la communauté portuaire, qui réunit tous les acteurs impliqués dans les activités du port. Cette approche, inspirée des expériences réussies des ports d’Abidjan et de Tema, permet de résoudre collectivement les problèmes. Chaque acteur y expose ses difficultés, et ensemble, nous trouvons des solutions. Cela nous a permis de gagner en efficacité et en communication.

Souvent, il ne s’agissait que d’un manque d’échanges ; aujourd’hui, ces discussions permettent d’éviter les malentendus et d’améliorer considérablement la performance globale du port. En ce qui concerne l’hinterland, c’est un marché essentiel pour nous. Il s’agit d’abord de desservir l’intérieur du pays Kankan, N’Zérékoré, etc. mais aussi nos voisins comme le Mali et le Burkina Faso. À court terme, il fallait d’abord rétablir la confiance et prouver que le port dispose des capacités nécessaires pour répondre à leurs besoins.

Malgré ces avancées, certains obstacles subsistent : fluidité des accès, maintenance, coordination des acteurs, adaptation aux standards environnementaux. Quels sont aujourd’hui les principaux verrous opérationnels à lever et comment comptez-vous y parvenir pour assurer la continuité des performances ?
L’un des grands défis était la route. Aujourd’hui, la route Conakry-Bamako est entièrement bitumée, ce qui a réduit la durée du trajet : ce qui prenait deux à trois jours se fait désormais en un jour ou un jour et demi. C’est une grande avancée. Cependant, certaines zones restent difficiles, et nos voisins doivent s’adapter à nos conditions routières. À long terme, la solution passe par le chemin de fer. Le projet Simandou, avec sa vision 2040, est une opportunité majeure. Nous espérons pouvoir nous brancher à ce réseau pour créer une liaison ferroviaire Conakry-Mamou ou Conakry-Kankan. Cela permettrait de transporter les marchandises jusqu’à des hubs régionaux et de réduire considérablement les distances et les coûts pour les partenaires de l’intérieur du pays et de la sous-région. Cette interconnexion logistique du hub au port assurerait également une plus grande sécurité des flux commerciaux. C’est la solution ultime que nous visons, même si elle nécessite une forte coordination entre le ministère des Transports et les autres acteurs impliqués.

La gestion d’un port qui concentre près de 90 % des échanges commerciaux de la Guinée n’est pas sans contraintes. Quels ont été les principaux défis logistiques, financiers, infrastructurels ou institutionnels auxquels vous avez été confronté, et quelles solutions avez-vous mises en œuvre pour y répondre ?

La Guinée occupe aujourd’hui la première vice-présidence de l’Association de gestion des Ports de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (AGPAOC). Nous sommes membre actif et permanent de cette organisation. L’un des principaux avantages de cette adhésion, c’est le partage d’expériences. Nous réalisons que les défis sont souvent les mêmes : manque d’espace, engorgement, difficultés d’accès. Les ports africains ont tous été construits à une époque où la planification urbaine était limitée. Aujourd’hui, ils se retrouvent engorgés, coincés entre la mer et la ville. Grâce à l’AGPAOC, nous échangeons des solutions, apprenons les uns des autres et partageons les bonnes pratiques. Autrefois, les ports africains se voyaient comme des concurrents. Aujourd’hui, cette mentalité a évolué. Nous restons compétitifs, mais dans un esprit de coopération. Si une expérience réussie ailleurs peut nous inspirer, nous n’hésitons pas à la reproduire, et inversement. Nous recevons régulièrement des délégations venues d’autres ports africains.

En vous appuyant sur votre parcours international et votre expérience à la tête du PAC, quel message ou quels conseils souhaiteriez-vous adresser à la jeunesse guinéenne et africaine qui aspire à occuper demain des responsabilités dans le secteur portuaire et logistique ?

À l’attention de la jeunesse guinéenne et africaine, je dirais qu’il faut d’abord maîtriser ce qu’on fait. Il faut apprendre, observer, ne pas se précipiter. Beaucoup de jeunes veulent gravir les échelons trop vite, mais la réussite demande de la patience et de la discipline. Je leur conseillerais également d’aimer leur pays. Le patriotisme est une force essentielle. La Guinée est un pays riche en potentiel, et c’est à la jeunesse d’en construire l’avenir, pierre après pierre. Comme pour une maison, on commence par la fondation avant d’atteindre le toit.

Propos recueillis par : Franck BAYE

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