
ANALYSE DU PORT D’ABIDJAN (2021-2024)
Le Port Autonome d’Abidjan (PAA) n’est pas qu’une simple infrastructure portuaire : il est le poumon économique de la Côte d’Ivoire et l’un
des piliers logistiques les plus stratégiques d’Afrique de l’Ouest. Historiquement, il concentre plus de 75 % des échanges commerciaux du pays, génère près de 60 % des recettes douanières et abrite une part significative de son tissu industriel. Grâce à sa position géographique privilégiée, il sert également de porte maritime essentielle pour plusieurs pays enclavés notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger renforçant ainsi son rôle de hub régional incontournable.
La période 2021–2024 marque une étape décisive dans l’histoire du port. En l’espace de deux ans, son trafic conteneurisé a presque doublé, passant de 840 000 à plus de 1,6 million d’EVP, tandis que le trafic global de marchandises franchissait pour la première fois le seuil symbolique des 40 millions de tonnes en 2024. Cette transformation n’est ni accidentelle ni conjoncturelle : elle est le fruit d’une vision stratégique de long terme, d’investissements massifs et d’une modernisation systématique des infrastructures et des services. Cette analyse décrypte les ressorts de cette ascension fulgurante, ses implications régionales et les défis qui se profilent à l’horizon.
Performances et Évolution au Trafic (2021–2024) : Une Dynamique Exceptionnelle
Entre 2021 et 2024, le PAA a connu une accélération sans précédent. Après une reprise post-pandémique en 2021 (28,3 Mt), le trafic global s’est stabilisé en 2022 (+1,3 %), avant d’exploser en 2023 (+21,1 %) pour atteindre 33,1 Mt, puis de franchir 40,2 Mt en 2024 (+15,6 %). Ce bond qualitatif et quantitatif traduit une transformation structurelle du port, bien au-delà d’une simple croissance cyclique.
Le segment conteneurisé en est le principal moteur.
En 2022, le port a traité 840 926 EVP. En 2023, ce chiffre a bondi à 1,24 million (+47,2 %), puis à 1,65 million en 2024 (+32,9 %). Cette dynamique coïncide exactement avec la mise en service du second terminal à conteneurs (TC2) en novembre 2022, dont les effets opérationnels se sont pleinement déployés dès l’année suivante. Les autres segments demeurent robustes, même si les données détaillées sont moins accessibles :
• Le pétrole continue d’alimenter une part importante du trafic, en lien avec la croissance énergétique nationale et régionale.
• Les vracs agricoles, notamment les céréales, bénéficient d’une demande croissante, justifiant la construction imminente d’un nouveau terminal céréalier soutenu par un prêt de la JICA (Agence japonaise de coopération internationale).
• Le secteur de la pêche confirme sa place : Abidjan reste le premier port thonier d’Afrique, avec des unités de transformation majeures comme celles du groupe OMKA.
• Le trafic roulier (Ro-Ro), modernisé depuis 2018, permet un traitement fluide des véhicules neufs et d’occasion, desservant efficacement la sous-région.
Les Moteurs de la Croissance : Infrastructures Stratégiques et Modernisation
Le TC2, officiellement baptisé Côte d’Ivoire Terminal, est sans conteste le catalyseur de cette révolution. Réalisé pour un investissement total de 596 milliards FCFA, il a été porté par un consortium d’envergure mondiale : Africa Global Logistics (AGL), filiale du géant maritime MSC, et APM Terminals, leader mondial de la gestion portuaire.
• procédures (facturation électronique, suivi en temps réel, plateformes de gestion intégrée).
Résumé Analytique, Positionnement Ses caractéristiques techniques en font une infrastructure de classe mondiale :
• Un quai de 1 100 mètres et une superficie de 37,4 hectares.
• Un tirant l’eau de 16 mètres (pouvant atteindre 18 m), permettant d’accueillir les plus grands porte- conteneurs (jusqu’à 24 000 EVP).
• Une capacité de traitement de 1,5 million d’EVP/an, doublant ainsi la capacité totale du port.
• Des équipements ultramodernes : 8 portiques de quai, 27 portiques de parc, 36 tracteurs électriques, garantissant rapidité, sécurité et efficacité.
Au-delà de la logistique, le projet a généré 450 emplois directs et des milliers d’emplois indirects, tout en intégrant des programmes de formation professionnelle pour les jeunes Ivoiriens.
Mais le TC2 ne fonctionne pas en silo. Il s’inscrit dans un programme de modernisation global lancé dès 2012, avec des investissements cumulés dépassant 1,5 milliard d’euros :
• L’approfondissement au canal de Vrac; à 16 mètres (achevé en 2019), condition indispensable pour accueillir les méga-navires.
• La mise en service en 2018 d’un nouveau terminal roulier de 300 mètres, inauguré par le navire Grande Abidjan de Grimaldi.
• L’obtention d’une triple certification ISO (9001, 14001, 45001), rare en Afrique, qui renforce
la crédibilité du port auprès des armateurs internationaux.
Une digitalisation avancée des Concurrentiel et Perspectives
La trajectoire 2021–2024 se décline en deux phases :
• 2021–2022 : phase de consolidation, avec la finalisation des grands chantiers (canal, TC2).
• 2023–2024 : phase d’exploitation à pleine capacité, marquée par une croissance exponentielle.
Cette dynamique illustre un cercle vertueux :
vision → investissement → modernisation → attractivité → croissance → nouveaux investissements.
Dans l’échiquier ouest-africain, le PAA rivalise désormais frontalement avec Lomé (Togo) et Tema (Ghana). Grâce à son tirant d’eau, ses opérateurs mondiaux et ses standards de qualité, Abidjan est désormais en mesure de capter du transbordement régional et d’attirer des lignes maritimes majeures.
Défis à venir :
• Éviter la congestion en renforçant les corridors ferroviaires et routiers vers l’hinterland.
• Poursuivre la diversification : zones franches industrielles, logistique verte, gestion des déchets portuaires.
• Attirer de la valeur ajoutée : transformer le port en écosystème industriel, pas seulement en point de transit.
Un Hub Stratégique en Pleine Ascension
Le Port d’Abidjan a accompli une mue historique. Porté par une volonté politique claire, des partenariats stratégiques solides et une exécution rigoureuse, il a changé d’échelle et de statut. Il n’est plus seulement le port de la Côte d’Ivoire : il est devenu un acteur clé de la chaîne logistique mondiale, un levier d’intégration régionale et un atout majeur pour la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf ).
Alors que la compétition régionale s’intensifie, Abidjan dispose aujourd’hui des outils, de la crédibilité et de la vision nécessaires pour confirmer son leadership et s’imposer comme le hub logistique de référence sur la façade atlantique de l’Afrique. Son ascension ne fait que commencer.
