«10 ANS DE COMBAT POUR LES FEMMES DU MARITIME AFRICAIN AVEC WIMAFRICA»

Port au Feminin03/18/2026

DR. NKOSAZANA DLAMINI-ZUMA
ANCIENNE SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE

Dix ans après la création de WIMAfrica, nous rencontrons sa fondatrice, le Dr. Nkosazana Dlamini-Zuma. Elle revient sur le parcours, les succès et les ambitions futures de ce réseau dédié aux femmes des secteurs maritime, portuaire et logistique en Afrique.

En 2013-2015, vous avez porté une idée de rassembler les femmes africaines du secteur maritime autour d’un réseau continental. Quelles étaient vos principales motivations et les défis que vous
voulez relever à travers la création de WIMAfrica ?
Ma motivation était double, à la fois personnelle et stratégique pour le continent. En tant que médecin, j’ai toujours cru au pouvoir de la mise en réseau et de la mutualisation des forces. Stratégiquement, l’Agenda 2063 que nous portions à l’Union Africaine plaçait l’autonomisation des femmes et le développement des économies maritimes au cœur de la prospérité future de l’Afrique.
Or, je constatais un immense paradoxe : l’Afrique possède un littoral immense, une richesse maritime extraordinaire, et pourtant, les femmes qui travaillaient dans ce secteur étaient invisibles, isolées et souvent cantonnées à des rôles subalternes. Le défi était clair : briser cet isolement, créer une plateforme pour que les femmes puissent partager leurs expériences, se former, et plaider ensemble pour une plus grande inclusion. Il s’agissait de transformer un secteur traditionnellement masculin en une opportunité économique inclusive pour toutes les Africaines.

Dix ans après, en regardant le chemin parcouru par WIMAfrica, quel est selon vous Je moment Je plus marquant de cette aventure et quelles leçons personnelles en avez-vous tirées ?

Le moment le plus marquant fut sans aucun doute sa reconnaissance officielle par l’Union Africaine et l’Organisation Maritime Internationale (OMI). Cela a été la consécration de notre vision : WIMAfrica n’était plus juste une idée, mais une institution panafricaine légitime, porteuse d’un mandat clair.
La leçon la plus forte que j’en tire est la puissance de la persévérance et de la vision collective. Nous partions de presque rien. Voir aujourd’hui des chapitres nationaux actifs dans près de 50 pays, animés par des femmes passionnées et compétentes, est la preuve vivante que lorsque vous donnez aux femmes les outils et une plateforme, elles sont capables de déplacer des montagnes. Cela a renforcé ma conviction que le leadership africain de demain sera résolument féminin.

Quels impacts concrets observez-vous aujourd’hui de WIMAafrica sur la vie des femmes africaines dans les ports, la logistique et le maritime ? Y a-t-il des réussites emblématiques qui vous tiennent particulièrement à cœur ?


Les impacts sont tangibles. Nous voyons de plus en plus de femmes dans des postes techniques de officiers de marine, ingénieures portuaires, gestionnaires logistiques, ou dans des postes de direction d’autorités maritimes. WIMAfrica a été cruciale pour offrir du mentorat, de la formation et un solide réseau professionnel.

Une réussite qui me tient particulièrement à cœur est le programme de bourses et de formations techniques sponsorisées par des partenaires internationaux. Grâce à cela, de jeunes femmes qui n’avaient jamais vu la mer ont pu devenir des expertes en navigation, en droit maritime ou en exploitation portuaire. Chaque fois que je rencontre l’une de ces expertes, je vois l’impact direct de notre initiative. Elles ne sont plus des exceptions ; elles deviennent une norme vers laquelle nous tendons. C’est cela, le changement concret.


Quels sont, selon vous, les principaux obstacles qui freinent encore la pleine intégration des femmes dans l’economie bleue africaine, et comment WIMAafrica et ses partenaires peuvent-ils les surmonter ?


Les obstacles sont persistants : les stéréotypes culturels qui considèrent ce secteur comme un domaine réservé aux hommes, le manque de politiques ciblées de recrutement et de promotion des femmes, et l’accès encore limité au financement pour les entrepreneures qui veulent lancer des activités liées à l’économie bleue. La réponse de WIMAfrica est multiple. D’abord, le plaidoyer agressif auprès des gouvernements pour inclure des clauses genre dans les politiques maritimes nationales. Ensuite, le travail sur les mentalités dès l’école, en encourageant les jeunes filles à se tourner vers les sciences et les métiers de la mer. Enfin, en développant des partenariats avec le secteur privé pour créer des fonds de garantie et des programmes d’investissement dédiés aux projets portés par des femmes. La bataille se gagne sur tous les fronts à la fois.

En regardant vers l’avenir, quelles perspectives et quel rôle souhaitez-vous que WIMAafrica joue dans les 10 prochaines années pour renforcer le leadership féminin dans l’économie maritime africaine ?


Mon ambition pour les 10 prochaines années est que WIMAfrica devienne l’architecte incontournable de l’économie bleue africaine, et non plus seulement un réseau de plaidoyer. Je la vois comme une incubatrice de talents et de projets. Concrètement, j’imagine que WIMAfrica sera à la pointe de l’innovation, en formant aux métiers de la logistique verte, de la gestion durable des ressources ou de la cybersecurity maritime. Je souhaite qu’elle lance sa propre académie virtuelle panafricaine pour diffuser le savoir au plus grand nombre. Et surtout, je veux qu’elle soit le catalyseur qui permette aux femmes africaines de non seulement participer à l’économie bleue, mais aussi de la diriger, en étant PDG de compagnies portuaires, ministres des Transports maritimes ou arbitres dans des litiges internationaux. Leur place n’est plus à quai ; elle est à la barre.

Par / By : A. KOUASSI Junior

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